Le devoir d’empêcher la répétition du génocide Rwandais

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« J’entendais mes voisins pleurer, hurler et gémir, implorant ces gens de ne pas les tuer. […] Les pleurs des femmes et des enfants se mélangeaient. C’était horrible ». à‚gée de 17 ans lors du génocide, Claudine n’a rien oublié. Sa voix, calme alors qu’elle commence son allocution, s’émaille au fur et à  mesure qu’elle parcourt le fil de ses souvenirs. Survivante du génocide contre les tutsis au Rwanda, qui a coà»té la vie à  plus de 800 000 personnes – en très grande majorité des Tutsis, mais aussi des Hutus modérés et d’autres opposants au génocide – celle qui n’était alors qu’une adolescente était invitée à  venir témoigner ce dimanche 7 avril 2019, jour de commémoration, à  la base du contingent rwandais de la MINUSCA a Bangui.

Digne et solennelle, la cérémonie a été parsemée de discours de différentes autorités, notamment du Premier ministre et chef du Gouvernement, Firmin Ngrebada, du chef de la MINUSCA, Mankeur Ndiaye, du Commandant du bataillon rwandais, le Colonel Vincent Ntazinda, ainsi que du Président de la communauté rwandaise en RCA, Nicolas Rugira. Elle a aussi donné lieu à  l’allumage de la flamme du souvenir ainsi qu’à  une minute de silence en hommage aux victimes. Kwibuka 25, les commémorations de ce 25e anniversaire du génocide, sous le thème du Souvenir, de l’Unité et du Renouvellement (Remember – Unite – Renew), dureront toute la semaine dans la capitale centrafricaine.

« Un quart de siècle, cela peut sembler loin mais pour nous, c’est comme si c’était hier », explique Nicolas Rugira, qui n’a pas manqué de rappeler que « le génocide contre les Tutsis, c’est celui de l’humanité toute entière ». Un génocide, insiste-t-il, qui trouve ses racines dans la période coloniale, « coupable de séparation de groupes sociaux qui vivaient pourtant ensemble dans la paix ». Ses propos font échos à  ceux du Premier ministre qui déclarait quelques instants auparavant que « le génocide a été commis alors que le monde savait et n’a pas pu l’empêcher ». Et d’ajouter: « nous avons aujourd’hui le devoir de tout mettre en œuvre pour qu’un tel drame ne se reproduise plus ».

« Alors même que nous réaffirmons notre détermination à  empêcher que de telles atrocités ne se reproduisent, nous voyons la xénophobie, le racisme et l’intolérance gagner dangereusement du terrain dans de nombreuses régions du monde », s’est indigné le Secrétaire général des Nation Unies, Antonio Guterres, dans son message à  l’occasion du 25e anniversaire du génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda. « La prolifération des discours de haine et des incitations à  la violence est particulièrement préoccupante », a-t-il insisté avant d’inviter tous les dirigeants politiques, chefs religieux et représentants de la société civile à  «dénoncer les discours haineux et la discrimination » et à  s’attaquer aux maux qui « nuisent à  la cohésion sociale et créent un climat propice à  la haine et à  l’intolérance ».

A cours de son discours de circonstance, et abondant dans la même ligne que le Secrétaire général de l’ONU, le Représentant spécial et Chef de la MINUSCA, Mankeur Ndiaye, a souligné que « c’est pour cela que, conformément au mandat assigné par le Conseil de sécurité, la MINUSCA et l’ensemble de l’équipe pays des Nations Unies en RCA continueront à  faire de l’alerte précoce et de la protection des civils, y compris des minorités, leur cheval de bataille », indiquant, par la même occasion, qu’un accent sera mis sur l’accompagnement de la RCA et son plan de prévention de l’incitation publique à  la violence, la haine et la discrimination.

Une mission onusienne à  laquelle le Rwanda contribue avec honneur. Fort de son histoire, le pays est actuellement présent au sein de quatre opérations de paix des Nations Unies ; en Haïti, au Soudan du Sud, au Darfour et en RCA, où il assure notamment la sécurité rapprochée du Président de la République, Faustin-Archange Touadera. « Nous nous sentons moralement obligés de participer aussi vigoureusement que possible à  des activités telles que les opérations de paix de l’ONU qui permettent d’augmenter la protection des civils dans les conflits armés », a exprimé le Colonel Ntazinda.

Revenant sur la volonté de Kigali d’empêcher les conflits, les génocides et les atrocités de masse, ainsi que de protéger les civils des menaces d’exterminations, il a conclu avec ces mots : « Nous invitons aujourd’hui le monde à  commémorer avec nous, non pas parce que nous voulons inspirer la pitié ou la culpabilité, mais parce que les leçons de 1994 sont pertinentes bien au-delà  des frontières du Rwanda ».

Source : ABangui

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