RDC : ce «deal» confirmé entre Felix Tshisekedi et Joseph Kabila

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Felix Tshisekedi et Joseph Kabila,le 27 février 2019, au Palais de la Nation à Kinshasa, la capitale de la RDC.

Le processus électoral a-t-il été biaisé lors de la présidentielle qui a porté Félix Tshisekedi au pouvoir? En visite à Windhoek en Namibie, le président congolais a reconnu du bout des lèvres, l’existence d’un «deal» entre son camp et celui de Joseph Kabila pour la première transition pacifique du pouvoir en RDC. Même si Felix Tshiskedi préfère parler d’«entente», le jeu sur les mots n’en sème pas moins le doute sur des négociations secrètes entre les deux chapelles politiques, avant même la proclamation des résultats.

Certains y voient un aveu, d’autres une clarification pour couper court aux supputations. Entre les deux, la déclaration de Felix Tshisekedi est loin de dissiper les doutes sur l’existence d’un «deal» entre son camp et celui de Joseph Kabila. Le président l’a confirmé lors de sa conférence conjointe avec Hage Geingob, le président de la Namibie, à qui il a rendu une visite ce mardi 26 février 2019.

Reconnaissance tacite du «deal» par Felix Tshisekedi

En réponse à la question d’une journaliste, Felix Tshisekedi a reconnu, au moins tacitement, l’existence de ce «deal », dans le sens de favoriser la première alternance pacifique entre un pouvoir sortant et un pouvoir élu depuis l’indépendance de cette ex-colonie belge au cœur de l’Afrique centrale.

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«C’est un deal que nous avons fait pour que, d’abord, l’alternance se fasse pacifiquement. Donc, il y a eu cette entente, et elle s’est faite pacifiquement pour qu’après les élections législatives et la majorité qui s’en est dégagée, il y ait une coalition avec le camp de M. Kabila, le camp sortant, le camp sortant», a répondu le président congolais. Un revirement dans le choix des mots qui sème le doute.

Pour le contexte, bien avant le 10 janvier, la date officielle de la proclamation des résultats de la présidentielle du 30 décembre 2018 par la Ceni, la commission électorale, plusieurs rumeurs faisaient état d’une ouverture de négociations secrètes entre la coalition Cap pour le changement (CACH) et le camp du Front commun pour le Congo (FCC). Pour quel contenu ?

A ce moment-là, sans confirmation de l’un ou l’autre l’on parlait d’une inversion des résultats de la présidentielle au profit de Felix Tshisekedi pour le propulser sur le fauteuil vacant de Joseph Kabila tandis que celui-ci garderait la haute main sur le parlement, en plus de son siège de sénateur à vie.

Explications présidentielles

Depuis Windhoek, Felix Tshisekedi a donné une autre explication, sans parler du contenu de ce «deal». «Jusqu’ici, c’est cet accord -si on appelait cela le deal- qu’on peut dire avoir fait pour le Congo. Pour le reste, les discussions vont bientôt commencer pour la formation d’un gouvernement» dans le cadre d’un programme commun avec un code de conduite pour la gouvernance du pays. La semaine dernière, les deux hommes se sont rencontrés à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa.

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Dans tous les cas, Felix Tshisekedi est obligé de composer avec la majorité parlementaire, vite emportée par la majorité de la coalition de Joseph Kabila. Près de deux mois après son élection à la tête du pays, la formation du gouvernement reste assujettie à l’installation du Parlement et à l’identification d’une majorité claire au sein de laquelle le Premier ministre devra être choisi.

 A l’analyse, cette reconnaissance à demi-mot de Felix Tshisekedi interroge: ces négociations intervenues avant la proclamation officielle des résultats n’ont-elles pas biaisé le processus électoral ?  Seule la publication du contenu de cette «entente» pourrait permettre de dissiper les doutes.

En tout cas, cette reconnaissance apporte de l’eau au moulin de Martin Fayulu. L’opposant qui se considère toujours comme le président élu de la RDC avait dénoncé l’existence d’une entente entre Joseph Kabila et Felix Tshisekedi pour le priver d’une victoire supposée lors de la présidentielle, conforté en cela par des chiffres avancés par la Cenco. Il a demandé le recomptage des voix ou l’organisation d’un nouveau scrutin dans un délai de six mois. Une revendication utopique face à  un nouveau pouvoir qui fait cap vers la formation d’un nouveau gouvernement.

Source : La Tribune Afrique

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