Sénégal : Macky Sall proclamé vainqueur par son camp, l’opposition riposte

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Ce sont plus de 6.6 millions d’électeurs qui étaient attendus aux urnes hier, pour élire leur président. Si Macky Sall n’a pas pris la parole, son Premier ministre l’a annoncé vainqueur avec « au moins » 57% des suffrages, au grand damne de l’opposition qui a décidé d’unir ses forces, dans l’attente du verdict, attendu vendredi au plus tard…

Selon nos premières informations, la participation à ce premier tour devrait dépasser assez largement les 55%. « J’ai entendu dire que des noms de candidats ont été supprimés de la liste par le Conseil constitutionnel, par rapport aux parrainages, donc ça m’a un peu freinée », confie Marie, 28 ans, qui n’a pas voté hier. Elle réside dans le paisible quartier des Almadies, à Dakar. La jeune femme, campée devant une petite boutique de fortune, salue un client dans la langue de Shakespeare : « Il est étudiant et il veut s’améliorer en anglais, alors je l’aide un peu car j’ai vécu plusieurs années aux Etats-Unis».

Tout sourire, le jeune homme décontracté, la vingtaine, explique -en anglais dans le texte-, qu’il ne s’est pas rendu aux urnes non plus, car son bureau de vote est situé à Tambacounda, une province éloignée de la capitale. « C’était trop compliqué pour m’y rendre actuellement… Sinon, j’aurais voté Sonko » déclare-t-il avant de disparaître… Pour sa part, Seny, 34 ans, a été voter à la première heure, « J’ai voté Idrissy Seck vers 10 heures. Il y avait beaucoup de monde dans mon bureau de vote et j’ai dû attendre », précise-t-il, pointant son doigt rouge marqué par l’encre électorale, avec fierté.

Aucun problème majeur n’a été signalé lors du scrutin. Dès la mi-journée, Elena Valenciano de la mission d’observation de l’Union européenne avait « évalué positivement » ce 1er tour, tandis que le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, a estimé dans la soirée, au siège de Benno Bokk Yakaar, qu’il s’était déroulé sans heurts. Quelques 5.000 observateurs et 8.000 policiers avaient d’ailleurs été sollicités pour veiller au grain. « Le Sénégal a été encore une fois au rendez-vous de la non-violence et il faut le saluer » a-t-il déclaré devant partisans et journalistes. Une presse qui a d’ailleurs eu maille à partir avec l’opposition, suite à la publication d’estimations de résultats jugés impropres à la réalité.

Idrissa Seck a dénoncé « des résultats totalement inacceptables véhiculés par une certaine presse » et c’est manu militari que des journalistes employés par des rédactions françaises, ont été évacués de la salle qui accueillait la conférence de presse conjointe, organisée en urgence, d’Idrissa Seck et d’Ousmane Sonko, au siège de Book Giss Giss de Dakar. « Le Sénégal n’est pas le Rwanda et nous n’avons pas besoin d’une radio mille collines » a lancé Ousmane Sonko sur Walf TV : de quoi jeter de l’huile sur le feu dans une ambiance déjà incandescente…

L’opposition « vent debout » contre Macky Sall

Vers 21 heures, les premiers chiffres tombent et donnent Macky Sall en tête. Des estimations reprises dans certains médias locaux et internationaux, qui poussent les candidats Seck et Sonko à unir leurs efforts pour faire barrage au président sortant. Il ne s’agit pour l’instant que de tendances, non validées par la commission électorale. Idrissa Seck, qui serait arrivé en seconde position selon ces premières informations, a pourtant déclaré qu’« à ce stade, un deuxième tour s’annonce » comme une évidence…

« Je remercie le peuple sénégalais et je félicite les performances d’Idrissa Seck et d’Ousmane Sonko. Le 2ème tour est acté » avait twitté le candidat Issa Sall un peu plus tôt dans la soirée, reconnaissant sa défaite. Le candidat malheureux devrait se maintenir en dernière position. De son côté, Madické Niang en a appelé aux Sénégalais pour se fédérer « contre ce forcing du régime », déplorant une « boulimie du pouvoir -qui- concocte des manœuvres anti-démocratiques et malsaines pour soustraire frauduleusement les élections au premier tour, alors qu’un deuxième tour est plus qu’irréversible (…) Je voudrais joindre mon soutien officiel à la candidature de Idrissa Seck, arrivé deuxième dans les résultats provisoires ». Un soutien pour condamner l’annonce de la victoire de Macky Sall dès hier soir, qui ne devrait pas peser très lourd, au regard des faibles résultats qu’auraient obtenus les candidats Issa Sall et Madické Niang, en-deçà de 5% chacun…

Arrivé à son quartier général vers 22h45, Macky Sall ne s’est pas exprimé, alors que son entrée avait électrisé ses partisans qui criaient déjà victoire. Mahammed Boun Abdallah Dionne a pris la parole peu après minuit, après de longues minutes d’attente, annonçant une victoire assez nette de « son » candidat, sous les applaudissements et les cris de joie des supporters. C’est la première fois depuis l’indépendance, qu’un Premier ministre annonce les résultats d’une élection présidentielle -non définitifs- à la stupéfaction générale…

Dans l’attente du verdict de la Commission Nationale des Votes…

Les résultats ne seront pas connus avant la fin de semaine même si les Sénégalais attendent des estimations plus précises d’ici demain. En effet, les Commissions départementales de recensement des votes (CDRV) ont jusqu’à demain pour transmettre leurs résultats à la Commission Nationale des Votes (CNRV). Les résultats définitifs sont attendus d’ici la fin de cette semaine.

A l’heure où nous rédigeons cet article, la situation est calme au Sénégal, en dépit des « très » vives contestations de l’opposition, qui fait « front commun » contre le président sortant. Nombreux sont les Sénégalais indignés par la prise de parole du Premier ministre.

Macky Sall obtiendrait de bons résultats à Dakar -créant la surprise-, le report des voies de Khalifa Sall sur Idrissa Seck, n’aurait donc pas été automatique. Toutefois, ce dernier, arriverait en tête dans les communes de Touba et de Thiès, tandis que le président sortant confirmerait sa primauté en zones pulaar et à Fatik (sa région natale, ndlr).

Les premières estimations reflètent également la percée d’Ousmane Sonko, qui s’affirme notamment en Casamance. Un succès pour le candidat sulfureux, encore inconnu au bataillon il y a peu. Le plus jeune des candidats, semble avoir réussi son pari de fédérer une jeunesse séduite par un « panafricanisme » incisif et clivant. Sonko s’inscrit désormais dans le paysage politique sénégalais, quelle que soit l’issue du scrutin. Dans l’attente de résultats plus complets, les Sénégalais retiennent leur souffle…

Source : La Tribune Afrique

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