Soudan : Etat d’urgence, limogeage du gouvernement, la réponse musclée d’Omar El-Béchir aux manifestations

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Le président Omar El-Béchir lors d'une meeting, le 9 janvier 2019 à Khartoum.

La fermeté face à un mouvement de protestation qui ne cessait de grandir. Pour couper l’herbe sous le pied des manifestations qui réclament son départ depuis décembre 2018, Omar El-Béchir a musclé sa réponse. Ce vendredi 22 février, le président soudanais a pris la décision de dissoudre les gouvernements au niveau provincial et fédéral. Au pouvoir depuis 1989, El-Béchir a aussi décrété l’état d’urgence pour une durée d’une année.

Comme un réflexe hérité de sa formation de parachutiste, Omar El-Béchir a ouvert sa voilure de secours face à la contestation. Après la répression des manifestations dont l’ampleur a eu un écho international avec une guerre des chiffres sur le nombre de morts (31 selon le gouvernement, 51 selon les ONG), le régime soudanais joue la fermeté en plus soft.

Situation la plus difficile de l’histoire du Soudan

Dans un discours retransmis à la télévision ce vendredi 22 février, le président soudanais a pris deux mesures fortes: la dissolution du gouvernement au niveau provincial et fédéral mais aussi la déclaration de l’état d’urgence pour une durée d’un an. «Notre pays traverse une situation difficile et compliquée, la plus difficile de son histoire. Les problèmes économiques doivent être traités par des gens qualifiés et à cette fin, je formerai un gouvernement composé de personnes de qualité», justifie le président soudanais dans son allocution.

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 Depuis décembre 2018, le Soudan traverse une crise socio-économique sans précédent. Sous pression du Fonds monétaire international(FMI), Omar El-Béchir applique une politique d’austérité en privatisant plusieurs secteurs notamment l’importation de céréales. L’inflation qui effleure la barre des 40% se fait vite ressentir sur les prix de l’essence et conduit même à des émeutes du pain. Au pouvoir depuis 1989, Omar El-Béchir pense à faire modifier la constitution pour rempiler à la présidentielle de 2020. C’est le projet de trop.

La survie d’un régime

A Atbara, une série de manifestations se forment puis se joignent d’autres villes avant que la fièvre de la contestation ne gagne Khartoum. Aux mouvements de protestations quasi-spontanés se greffe l’appel de l’Association des professionnels soudanais (APS, regroupement de plusieurs corps de métiers) à maintenir une pression par des marches quasi-quotidiennes, sévèrement réprimées. A l’origine économiques, les revendications se politisent et réclament le départ d’Omar El-Béchir.

Ce vendredi 22 février, encore marqué par des marches, l’APS a demandé le maintien de la protestation. «Nous appelons notre peuple à continuer les manifestations jusqu’à ce que l’objectif principal de ce soulèvement, qui est le départ du chef du régime, soit atteint», écrit l’association dans un communiqué. Mais avec ces deux mesures, Omar El Béchir compte bien stopper le mouvement ou en tout cas essouffler ce que les experts qualifient de crise la plus sérieuse de ses trois décennies de règne.

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Officiellement, le gouvernement reconnait la mort de 31 manifestants en marge des manifestations. Un chiffre largement sous-estimé selon les ONG internationales qui parlent de 51 morts. Dans tous les cas, plusieurs d’entre eux sont emprisonnés de même que plusieurs membres de l’opposition. Avec la formation annoncé (sans date) du nouveau gouvernement, le régime tente de jouer la carte du renouveau. La survie de son régime en dépend, sa chute également

Source : La Tribune Afrique

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