Affaire Jean de Dieu Momo : le Cameroun contraint de présenter ses excuses à Israël

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Jean de Dieu Momo a poussé la comparaison avec le régime Nazi jusqu'à pousser l'Ambassade d'Israël à se sentir « outragée» par ses propos.

Jean de Dieu Momo sait très bien que son ralliement à Paul Biya ne sera pas un paravent contre les conséquences de son écart de langage. Pour circonscrire la polémique, Yves Lejeune Mbella Mbella a dû présenter les «sincères excuses du Gouvernement camerounais» auprès de Ran Gidor, l’ambassadeur d’Israël dans le pays, pour les propos à l’emporte-pièce du ministre délégué auprès du ministre de la Justice. Au cours d’une émission de télévision, ce dernier avait établi un étrange parallèle entre l’histoire des juifs sous l’Allemagne nazie et la situation politique qui découle de l’arrestation de l’opposant Maurice Kamto.

Pour stopper les relents de ce qui aurait pu prendre les formes d’une mini-crise diplomatique, Yaoundé a joué la carte de l’apaisement. Ce 4 février, en recevant Ran Gidor, l’ambassadeur d’Israël au Cameroun, Yves Lejeune Mbella Mbella, le ministre des Relations extérieures, a dû présenter dans les formes, les « sincères excuses du Gouvernement camerounais».

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Excuses épistolaires et diplomatiques du Cameroun auprès d’Israël

En plus des excuses adressées par voie épistolaire et diplomatique, ce dernier s’est même désolidarisé des propos du ministre délégué à la Justice, qui, assure-t-on à Yaoundé, s’exprimait à «titre personnel». Il faut dire qu’avec la commémoration, le 27 janvier dernier, de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, le contexte ne se prêtait pas à laisser prospérer le feu de la polémique et des commentaires sur les propos, pour le moins polémiques, de Jean de Dieu Momo.

Ce 3 février, le chef de file du parti Les Patriotes Démocrates pour le développement du Cameroun (Paddec) est l’invité une émission sur la CRTV, chaîne de télévision nationale. S’exprimant sur la situation politique du pays, marquée par les marches de protestation, le saccage des ambassades du Cameroun à Paris et Berlin qui ont conduit à l’arrestation de l’opposant Maurice Kamto, il souhaite lancer un appel à la communauté Bamiléké contre la haine ethnique. Mais Jean de Dieu Momo a poussé la comparaison jusqu’à pousser l’Ambassade d’Israël à se sentir « outragée» par ses propos.

« En Allemagne, il y avait un peuple qui était très riche, et qui avait tous les leviers économiques, c’était les Juifs. Ils étaient d’une arrogance telle que les peuples allemands se sentaient un peu frustrés. Puis un jour est venu au pouvoir un certain Hitler, qui a mis ces populations-là dans des chambres à gaz. Il faut que les gens instruits comme M. Kamto puissent savoir où ils amènent leur peuple ».

Jean de Dieu Momo sur siège éjectable?

C’est le passage de l’émission qui provoque d’abord l’ire du ministère des Affaires étrangères qui a réagi à travers sa représentation diplomatique à Yaoundé en réclamant des « excuses immédiates». Cette dernière s’est dite « outragée» «par cette sortie qui décrit avec légèreté une histoire aussi triste et tragique de l’Humanité, qui fait entorse à l’image des relations entre nos deux peuples».

Il faut dire que le Cameroun peut difficilement se passer de son allié israélien, très présent sur un transfert de technologie de maîtrise de l’eau mais tout aussi sur les questions agricoles, sécuritaires et la formation des unités d’élites de l’armée. En guise de réponse à l’injonction de l’allié furieux, le gouvernement camerounais « déplore vivement des propos inappropriés» et « s’en dissocie totalement». Est-suffisant pour calmer la diplomatie israélienne?

Un temps évoqué, l’éviction de Jean de Dieu Momo n’est pas encore à l’ordre du jour. Lorsque la liste du nouveau gouvernement à été dévoilée, beaucoup d’observateurs ont fait remarquer le nom de cet ancien opposant de Paul Biya, devenu plus tard son allié politique en ralliant la coalition présidentielle. Et pourtant au déclenchement de la polémique sur ses propos sur l’Holocauste, on mettait déjà le chef de file du Paddec sur un siège éjectable. Pour l’heure, l’intéressé se refuse à tout commentaire ou éclaircissement. Un profil bas qui pourrait lui permettre de conserver son poste au gouvernement lorsque la frayeur de la crise diplomatique sera passée.

Source : La Tribune Afrique

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