Soudan : El Béchir lâche du lest et libère les manifestants détenus

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Le président El-Béchir souffle le chaud et le froid afin de contenir un mouvement que certains observateurs considèrent comme le plus risqué de son long règne.

Les autorités soudanaises ont annoncé la libération de toutes les personnes détenues depuis le début des contestations sociales. Un geste d’apaisement de Khartoum qui n’a pour le moment pas atténuer la fronde sociale qui se poursuit dans le pays.

C’est un geste d’apaisement que les autorités de Khartoum viennent de consentir à la suite des pressions des USA, de l’UE ainsi que des organisations internationales de lutte pour les droits humains. Le régime d’Omar El Béchir a décidé de libérer les manifestants détenus depuis le début de la fronde populaire, en décembre dernier, contre la hausse des prix de certains produits de première nécessité.

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C’est le premier responsable du Service national du renseignement et de la sécurité (NISS), Salah Gosh, qui a annoncé la nouvelle, qui devrait concerner près d’un millier de personnes parmi lesquelles des opposants, journalistes ainsi que des activistes. « Le chef du Service national du renseignement et de la sécurité a émis un ordre de libération de toutes les personnes détenues lors des incidents en cours », a confirmé mardi 29 janvier, l’agence de presse officielle Suna, citant un communiqué le ministère de l’Information.

La stratégie de la carotte et du bâton

La décision des autorités soudanaises a été diversement appréciée dans les rangs des contestataires qui n’entendent toutefois pas baisser la pression. Depuis le 19 décembre, plusieurs villes et régions du pays sont secoués par des manifestations parfois meurtrières et qui se sont soldés par plus de 30 morts, selon le gouvernement, et au moins 40 selon le décompte de l’opposition et des ONG.

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De la « grève du pain », la grogne sociale s’est transformée en une véritable fronde contre le régime, les manifestants réclamant désormais et comme en 2005, la chute du régime d’Omar El Béchir, en poste depuis 1982. Après avoir privilégié la manière forte avec une violente répression notamment à Khartoum et dans la ville voisine d’Omdourman, le gouvernement a décidé d’user de la carotte.

Le chef de l’Etat a dans un premier temps annoncé des réformes économiques pour faire face à la crise qui s’est traduite par une inflation de près de 70%, tout en accusant les manifestants de « conspiration ». Cependant, l’amplification du mouvement qui ne cesse de s’étendre aux autres villes et régions du pays, a poussé le régime à lâcher encore une fois du lest.

Le mardi 29 janvier à Khartoum, des centaines de manifestants ont ainsi répondu à l’appel de l’Association des professionnels soudanais, fer de lance de la contestation, avant qu’ils ne soient dispersés par les forces de sécurité qui ont fait usage de gaz lacrymogènes. A Omdourman ainsi qu’à Port-Soudan dans le nord-est du pays, des manifestants réclament quotidiennement la démission d’Omar El-Béchir.

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Malgré cette pression, le chef de l’Etat qui n’est pas à sa première fronde, refuse d’envisager cette éventualité. Au contraire, le chef d’Etat-major adjoint de l’armée, le général Essameddine Mubarak, a même laissé entendre que « les forces armées étaient prêtes à répondre à tout complot de l’ennemi ». Pour le président El-Béchir, il s’agit donc de souffler le chaud et le froid afin de contenir un mouvement que certains observateurs considèrent comme le plus risqué de son long règne à la tête d’un des pays les plus vastes du continent.

Source : La Tribune Afrique

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