Banques : le millionnaire angolais Alvaro Sobrinho persona non grata dans «son» secteur ?

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Controversé, Alvaro Sobrinho a démissionné de la présidence de Banco Valor.

Relativement peu connu de l’opinion publique francophone, Alvaro Sobrinho est pourtant bien introduit dans les cercles de la finance et du business en Afrique et en Europe. Ce millionnaire angolais est d’ailleurs derrière la carte de crédit qui a poussé à la démission, en mars 2018, la présidente de Maurice Ameenah Gurib-Fakim. Une affaire qui lui a coûté sa licence bancaire sur l’île l’an dernier. Actuellement, le businessman fait face à un dilemme chez Banco Valor, la plus importante banque angolaise dédiée aux frontaliers, dont bien qu’actionnaire majoritaire, il s’est senti contraint à la démission de la présidence, suite à une procédure de la Banque centrale qui se prolonge. Ex-patron de la filiale angolaise de Banco Espirito Santo, un géant de la banque portugaise qui a déclaré faillite deux ans après le départ de Sobrinho, sa responsabilité dans certaines fonctions du milieu bancaire semble désormais questionnée.

Alvaro Sobrinho est-il persona non grata dans le milieu bancaire angolais ? Coopté en novembre 2018 par le conseil d’administration qui l’a désigné président de Banco Valor -la plus importante banque angolaise dédiée aux frontaliers-, il est désormais contraint de retirer cette référence de son curriculum vitae.

Pourtant actionnaire majoritaire de cette banque (56,5%), l’homme d’affaires angolais a en effet récemment présenté sa démission à ses pairs. Dans un communiqué publié jeudi dernier, Sobrinho motive sa décision par ce qu’il apparente à un rétropédalage de la Banque nationale d’Angola (BNA). Sobrinho ne comprend pas pourquoi la Banque centrale met en doute son aptitude à présider Banco Valor après l’avoir autorisé à devenir actionnaire majoritaire de cette banque en 2018.

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En effet, après avoir pris connaissance de la volonté du conseil d’administration de confier la présidence à Alvaro Sobrinho, la BNA a émis, début décembre, un avis de contrôle d’une durée d’un mois, visant à vérifier le respect des règles de diligence raisonnable dans la présidence par l’homme d’affaires. Contre toute attente, la banque centrale a prolongé d’un mois le processus.

A son niveau, Sobrinho estime qu’il n’y a aucun inconvénient qu’il soit président de Banco Valor dont il a obtenu la majorité des parts en rachetant les actions de son frère Emanuel Madaleno, et du vice-gouverneur de la BNA, Rui Minguêns Oliveira « avec l’autorisation de la banque centrale ». Une dénonciation d’autant plus forte que désormais, ce dernier préside Banco Valor en attendant que tout soit tiré au clair.

Banquier controversé aux multiples casquettes et entrées

Qui est-il vraiment ? Relativement peu connu de l’opinion publique francophone, Alvaro Sobrinho est pourtant très bien introduit dans les milieux d’affaires à travers l’Afrique et en Europe, tout particulièrement au Portugal où il a étudié et travaillé pendant de nombreuses années dans le secteur bancaire.

En 2000, il entre dans la sphère des influenceurs financiers en devenant administrateur du géant portugais Banco Espirito Santo (BES). Il est alors chargé d’implémenter la stratégie qui permettra de lancer une puissante filiale en Angola (BESA) dont il restera le PDG pendant dix ans, jusqu’à 2012, soit deux ans avant la faillite du groupe bancaire. Sans chômer trop longtemps, il rejoint Banco Valor en 2013, selon la bio publiée son site web personnel.

Cependant, c’est durant son mandat à la tête de la BESA que Sobrinho se taille, de manière on ne peut plus précise, sa casquette d’homme d’affaires et philanthrope aux multiples cartes. Sa fortune exacte relève du mystère, mais plusieurs sources concordantes l’estiment à plusieurs millions de dollars. Toutefois, ses investissements privés touchent aussi bien le domaine des télécommunications -il détient le fournisseur d’accès à internet YooMee Africa- que celui de l’industrie médiatique avec Newshold Group, ou encore ceux de l’édition, du tourisme, du commerce de détail, des énergies renouvelables ou de la finance.

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En 2014, alors que la BES traverse une grave crise qui conduit à sa faillite, une enquête du média portugais Expresso révèle 5,4 milliards de dollars de crédits jamais recouverts sous le mandat de Sobrinho à la tête de la BESA. Les autorités portugaises initient des poursuites à l’encontre du banquier angolais pour blanchiment d’argent. Il est alors soupçonné d’avoir transféré de l’argent de la banque à son profit, mais aussi de certains membres de sa famille et de l’entourage de l’ex-président José Eduardo dos Santos dont il était proche. Ce qu’il a toujours réfuté.

Derrière la carte de crédit-scandale d’Ameenah Gurib-Fakim

En mars 2017, la justice suisse réactive le dossier et gèle près de 160 millions de dollars abrités dans une banque locale au nom de l’homme d’affaires angolais et soupçonnés d’être issus de ses années chez BESA. Jusqu’à présent, l’enquête suit son cours. Un an plus tard, en mars 2018, une enquête de Mediapart révèle que Sobrinho aurait détourné 600 millions de dollars des comptes de la BESA pendant son mandat de PDG. Des informations révélées dans le sillage du scandale financier qui conduit à la démission la présidente de Maurice, Ameenah Gurib-Fakim.

Sobrinho

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Annulation d’une licence bancaire à Maurice

Et pour cause, Alvaro Sobrinho finance l’ONG Planet Earth Institute qui avait offert à la cheffe d’Etat mauricienne la carte de crédit avec laquelle elle aurait effectué 27 000 dollars de shopping personnel lors de voyages à l’étranger. Une façon de s’acheter son introduction sur le marché bancaire local ? Difficile à dire. Toutefois, le businessman angolais passe alors au crible d’interminables interrogatoires par une unité anti-corruption à Maurice et au mois d’avril, les autorités mauriciennes lui retirent la licence d’exploitation bancaire accordée un an plus tôt pour Alvaro Sobrinho Africa Ltd, une banque d’investissement qu’il fondait dans la capitale Port Louis.

Sur la selette, de tous côtés

Depuis lors, Sobrinho est sur la sellette. Celui qui détient également des participations dans le club de football portugais Sporting s’est mis à dos une partie du gotha du business portugais en septembre dernier en déclarant lors d’une interview non publiée avec la télévision portugaise que BSE avait fait « faillite par décision politique et non par insolvabilité, en tenant compte des personnes qui y sont impliquées », tenant pour preuve le fait que la banque existe aujourd’hui sous une nouvelle dénomination (Banco Economico).

Cette banque impliquant en effet des personnalités importantes des deux pays dont un ancien président de l’Assemblée nationale portugaise, un général ou encore un représentant de José Eduardo dos Santos, Sobrinho s’était attiré les foudres du conseil d’administration de l’institution bancaire qui dénonçaient des propos « mensongers et diffamatoires », occultant la réalité des faits.

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Dans les milieux d’affaires angolais, on estime que Sobrinho devrait laisser les autorités faire leur travail, sachant qu’au cas où la banque centrale ne trouve rien d’inconvénient à sa fonction, il pourra tranquillement reprendre son fauteuil chez Banco Valor.

« Pour devenir président d’une banque en Angola, il faut être enregistré comme tel auprès de la Banque centrale. Or il se trouve que jusqu’à présent M. Alvaro Sobrinho n’y a jamais été enregistré en tant que président de Banco Valor. La Banque centrale a clairement fait savoir qu’elle n’avait pas rejeté la nomination de M. Sobrinho, mais qu’elle investigue pour savoir si sa réputation lui permet d’être président de Banco Valor », commente pour La Tribune Afrique une source bien introduite.

Face à tous les soupçons qui pèsent contre lui, Alvaro Sobrinho ne cesse de clamer son innocence. Et jusqu’ici, l’absence de preuves formelles à son encontre fait que les différentes poursuites dont il fait l’objet n’ont pour l’instant abouti à rien d’autre qu’à d’interminables interrogatoires. En Angola, son retour à la présidence de Banco Valor reste suspendu aux seuls résultats d’enquête et d’analyse de la Banque centrale. Reste à savoir quand celles-ci aboutiront.

Source : La Tribune Afrique

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