Arrestation de Maurice Kamto au Cameroun : Que risque l’opposant à Paul Biya ?

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Tout de suite après l'arrestation de Maurice Kamto, beaucoup ont fait le rapprochement entre la «marche blanche» et son interpellation, suivie de celles de Christian Penda Ekoka, Albert Dzongang, Celestin Djamen et Alain Fogue, des membres de son premier cercle.

«Tentative de déstabilisation de l’Etat», «appel et organisation de manifestations non autorisées» ou encore «insurrection». La liste des motifs avancés s’allonge à mesure que l’opposant de Paul Biya est dans les liens de la détention. Au lendemain de l’arrestation de Maurice Kamto, le chef de file du MRC, aucun chef d’inculpation n’a encore été confirmé par les autorités camerounaises. Au même moment, les commentateurs épluchent le code pénal du Cameroun à la recherche de la «faute» qui aurait value à l’opposant à Paul Biya, son arrestation ce lundi en fin de journée. Mais que lui reproche-t-on?

C’est à 19h30 ce lundi 28 janvier, après un encerclement de la résidence doualaise d’Albert Dzongang, un de ses proches, que Maurice Kamto a été interpellé par des éléments de la police camerounaise. D’abord transporté dans les locaux de la police judiciaire du Littoral, il aurait été transféré à Yaoundé. Mais que lui reproche-t-on à l’opposant à Paul Biya?

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Un risque compris entre 15 jours et 20 ans d’emprisonnement

Tout de suite après son arrestation, beaucoup ont fait le rapprochement entre la «marche blanche» et son interpellation, suivie de celles de Christian Penda Ekoka, Albert Dzongang, Celestin Djamen et Alain Fogue, des membres de son premier cercle. Deux jours auparavant, à l’appel du chef de file du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), ses partisans ont bravé l’interdiction de manifester, pour protester dans les rues de Douala, Yaoundé, Dschang, Bafoussam, Mbouda.

Violemment réprimée, la marche blanche s’est soldée, outre par des blessés par balles, à l’arrestation de 117 manifestants dans tout le pays. Maurice Kamto vient donc rallonger la liste de ses sympathisants arrêtés pour des «revendications infondées», selon la qualification attribuée par Réné Emmanuel Sadi, le ministre de la Communication. Au cours de la manifestation de ce samedi 26 janvier, l’appel concernait une dénonciation de «la gestion du pays», un «recomptage des voix» de la présidentielle du 7 octobre 2018.

Un dernier prétexte jugé «fallacieux», destiné à «planifier une insurrection», selon Paul Atanga Nji, le ministre de l’Administration territoriale. Si la planification ou l’organisation d’un mouvement insurrectionnel est retenue comme chef d’inculpation, Maurice Kamto et ses co-détenus risquent entre 10 et 20 ans de prison selon le Code pénal du Cameroun, selon que ce mouvement s’est fait avec dégradation de biens publics ou privés ou recours à la force.

Bataille judiciaire d’un ancien ministre de la Justice de Paul Biya

Par ailleurs, les manifestations simultanées des partisans de Maurice Kamto n’avaient pas toutes reçues l’agrément du ministère de l’Administration territoriale. A ce titre pour les autorités camerounaises, elles sont considérées comme «non autorisées» et toute organisation de manifestation après notification de l’interdiction devient «illégale». Le Code pénal du pays puni d’une peine de 15 jours à 6 mois d’emprisonnement, la participation ou l’organisation à toute manifestation non déclarée, non autorisée ou celle organisée après notification d’interdiction.

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Plus loin encore, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), le parti de Maurice Kamto, pourrait faire les frais d’une interdiction provisoire ou d’une radiation par annulation de son agrément. «Si le responsable d’un parti politique décide systématiquement l’autorité de l’Etat en organisant des manifestations illégales, parfois dangereuses et susceptibles de perturber l’ordre public, le ministre de l’Administration territoriale est en droit de prendre certaines mesures comme par exemple l’interdiction provisoire de ce parti», avait prévenu le ministre le jour même de la marche blanche.

Pour l’heure, aucun chef d’inculpation de Maurice Kamto et de ses co-détenus n’a été rendu public par les autorités. Mais l’ancien ministre de la Justice de Paul Biya pourrait être victime du fourre-tout judiciaire de «trouble à l’ordre public». Outre la bataille médiatique et celle de l’opinion publique, l’homme qui connait la loi de son pays sur le bout des doigts, pourrait entamer une bataille judiciaire dont l’issue est difficilement prévisible.

Source : La Tribune Afrique

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