Zimbabwe : Emmerson Mnangagwa en mode damage-control

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En ce début de semaine, le pouvoir au Zimbabwe est secoué par la fronde de la rue contre l’augmentation des prix du carburant. Depuis deux semaines, les marches de protestation se suivent, au point de chambouler l’agenda du président. Parti à Davos pour une opération de reconquête des investisseurs, Emmerson Mnangagwa a dû écourter sa participation au forum économique mondial. Il est venu activer le mode damage-control alors que son gouvernement s’apprête à traverser la semaine de tous les dangers.

De l’aveu même d’Emmerson Mnangagwa, la « priorité est de ramener le calme, la stabilité pour un Zimbabwe à nouveau fonctionnel». Un mauvais signal pour celui qui espérait faire réapparaître son pays sur les radars des investisseurs étrangers. A Davos sur les hauteurs des Alpes suisses, le président zimbabwéen sera un des grands absents de la photo-souvenir du forum économique. Il y sera représenté par Mthuli Ncube, son ministre des Finances.

Damage-control présidentiel

Avant même que les organisateurs aient pu l’ordre de placement des 3 000 PDG et responsables politiques, le chef de l’Etat zimbabwéen a repris l’avion en direction d’Harare. Dans l’urgence, pour calmer la grogne montante dans les rues d’Harare, le président du Zimbabwe a activé le mode damage control.

Dans un huis-clos intriguant, la répression est particulièrement violente contre les manifestations contre les prix du carburant- plus globalement la cherté de la vie- qui animent les rues depuis deux semaines. A la douzaine de morts sous les balles ou les coups de baston des agents de sécurité, s’ajoutent des centaines de blessés et d’opposants qui ont franchi la frontière pour se réfugier en Afrique du Sud. Selon le décompte des ONG, on parle de plus de 78 blessés par balles, plus de 700 arrestations et au moins 246 cas d’agressions et de tortures.

Actes de « terrorisme» tisonnés par l’opposition selon le ministre de l’Information, les pillages et dégradations de biens ont causé plusieurs dégâts majeurs. Les opérations de ratissages des forces de l’ordre dans les quartiers populaires d’Harare ont donné lieu à des échauffourées proches de scènes de guérilla urbaine. Pour fleurir le décor déjà délétère, Internet est coupé dans le pays même si une décision de la Cour suprême, puis des déclarations de chancelleries occidentales, sont venues contredire le ministère de la Sécurité.

Au milieu d’une tournée européenne qui devait le ramener dans cinq pays, Emmerson Mnangagwa a fait escale en Suisse pour partir à la pêche aux investisseurs au milieu des 3000 participants de ce grand rendez-vous annuel. Espoir déçu, le président est rentré bredouille. Son ministre des Finances, laissé sur place, aura du mal à minimiser les risques politiques de cette grogne interne.

Emmerson Mnangagwa, un Mugabe Bis

Des rumeurs de plus en plus persistantes font état d’une dissension au sein de la Zanu-PF, le parti au pouvoir. Elu en juillet 2018, Emmerson Mnangagwa s’opposerait au vice-président, le Général Constantino Chiwenga sur les moyens de gérer la secousse provoquée par la fronde dans les rues. Il n’est pas exclu que c’est pour vider ce contentieux que le président à préféré rebrousser chemin.

A l’appel de Tajamuka, un mouvement clandestin déjà actif du temps de Robert Mugabe et des centrales syndicales, la semaine dernière a été marquée par trois jours de grève générale depuis qu’Emmerson Mnangagwa a autorisé l’augmentation à 150% du prix des carburants. Une goutte d’eau qui a fait déborder le vase social déjà rempli à rebord par une hausse généralisée des prix des autres denrées. Cette semaine qui débute devrait aussi être marquée par d’autres mouvements de protestation. Une semaine de tous les dangers

La rareté du dollar, principal monnaie en circulation dans le pays, a fait monter l’inflation au dessus de la barre des 40%. Astreint à une diète économique et une réorganisation de ses finances, le Zimbabwe veut emprunter à l’étranger pour faire redécoller une économie exsangue. Prétextant de fonds indisponibles, l’Afrique du Sud avait refusé au pays un prêt de 1,2 milliards de dollars. Le Zimbabwe s’était alors tourné vers des investisseurs plus lointains. Il n’est pas sûr que ceux-ci soient convaincus par un régime qui porte tous les traits de celui de son prédécesseur . Emmerson Mnangagwa passe pour un Robert Mugabe Bis.

Source : La Tribune Afrique

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