RDC : un pays, trois présidents

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Pour des raisons logistiques, l’investiture de Félix Tshisekedi en tant que cinquième président de la RDC, prévue ce mardi 22 janvier aura finalement lieu ce jeudi 24 janvier 2019. Derrière ce motif sibyllin, il n’est pas exclu que Kinshasa jauge la réaction de la communauté internationale et de la rue congolaise. En tout cas, depuis ce samedi 19 janvier, la RDC se retrouve avec trois «présidents». Une situation inédite qui accompagne la première alternance démocratique pacifique du pouvoir. En apparence seulement.

Pour conjurer la « honte », l’Union africaine(UA) a reporté -en réalité annulé- sa mission d’urgence à Kinshasa. Après avoir émis des doutes sur la fiabilité des résultats dont elle avait réclamé la suspension de la proclamation définitive, l’organisation panafricaine a été prise de court par la validation, ce samedi 19 janvier 2019, de l’élection contestée de Félix Tshisekedi à la présidentielle du 30 décembre.

Félix Tshisekedi, président confirmé par la Cour constitutionnelle

La Cour constitutionnelle a passé outre l’injonction de l’UA. Et sans attendre l’arrivée de la délégation panafricaine que devaient présider Paul Kagame du Rwanda et Moussa Faki Mahamat, respectivement président en exercice et président de la commission, la Cour a proclamé, tard dans la nuit de samedi 19 janvier 2019, les résultats définitifs de la présidentielle du 30 décembre.

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Sans possibilité de nouveau recours, cette proclamation de la plus haute juridiction du pays valide les résultats provisoires de la Céni, la commission électorale. Dans le même sillage, elle consacre Félix Tshisekedi sur le fauteuil présidentiel que Joseph Kabila va laisser vacant. Une confirmation qui laisse le pays dans une situation post-électorale inédite. Vaste comme l’Europe occidentale, la RDC se retrouve avec trois « présidents» pour cette première alternance pacifique à la tête de l’Etat depuis l’indépendance de cette ex-colonie belge.

La cérémonie d’investiture de Félix Tshisekedi, décalée de deux jours, devrait officiellement l’installer, ce jeudi 24 janvier 2019, comme le cinquième président du pays le plus riche d’Afrique en termes de ressources naturelles. A 55 ans, le fils d’Etienne Tshisekedi, opposant historique décédé en 2017 après avoir combattu Kabila père et fils, réussit là où son père a échoué à plusieurs reprises. Mais lorsqu’il jurera de respecter la constitution et les lois de la RDC, Felix Tshisekedi, le président proclamé élu par la commission électorale (Ceni) puis conforté par la Cour constitutionnelle, est escorté par la contestation.

Martin Fayulu, l’autoproclamé « seul président légitime »

En désespoir de cause, après le rejet de tous ses recours devant la juridiction faîtière du pays, l’opposant Martin Fayulu est parti à l’école de Jean Ping ou d’Alassane Ouattara. Tout de suite après la confirmation définitive de la Cour constitutionnelle, cet économiste de 62 ans s’est autoproclamé « seul président légitime» du pays, soutenu par la communauté internationale et les opposants Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

Depuis sa maison-hôtel de Kinshasa, il semble vouloir organiser la contestation, s’appuyant sur le « peuple» ou sur la communauté internationale, qu’il enjoint de ne pas reconnaître son rival. Un baroud d’honneur si l’on sait que les pays de la région commencent à féliciter le nouvel élu et que les organisations internationales et sous régionales disent « prendre acte» de l’annonce de la Cour constitutionnelle.

Avec une conciliation difficile à voir se concrétiser entre les deux rivaux, le grand gagnant de cette crise-post-électorale n’est autre que Joseph Kabila. Le président sortant qui accède aux privilèges de «chef de l’Etat congolais» sans les contraintes qui y sont attachées.

Joseph Kabila, le «président de l’ombre»

Avec la célérité de la proclamation par une Cour constitutionnelle qu’il avait organisé à sa guise, les soupçons sur un « deal » supposé d’une inversion des résultats au profit de Félix Tshisekedi contre une préservation de la parcelle du pouvoir de Joseph Kabila, semblent se transformer pour certains en certitudes.

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Dans les faits, le président sortant devient ainsi une sorte de «président de l’ombre» qui gouvernerait à travers Félix Tshisekedi, son vassal contraint de composer avec celui qui détient la majorité au Parlement et un siège de sénateur à vie. Cette suzeraineté installée couronne un coup politique de Joseph Kabila savamment orchestré pour aboutir à un scénario « Poutine-Medvedev» ayant pour cadre Kinshasa.

De source indiscrète, Joseph Kabila devrait résider au Palais du peuple tandis que Félix Tshisekedi devrait occuper …la résidence du Premier Ministre. Est-ce à cela que sera réduit le président nouvellement élu : un Premier ministre présidentiel ? Une bien pâle transition pacifique du pouvoir.

Source : La Tribune Afrique

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