Rapport final du Groupe d’experts sur la République centrafricaine

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Rapport final du Groupe d’experts sur la République centrafricaine reconduit dans son mandat par la résolution 2399 (2018) du Conseil de sécurité

Résumé

Les chefs des groupes armés ont continué d’envoyer des signaux contradictoires à  l’approche du dialogue politique devant aboutir à  l’adoption d’un accord de paix global en République centrafricaine. Ce constat vaut en particulier pour les chefs de la coalition de l’ex-Séléka, qui prennent part à  diverses réunions et soutiennent l’Initiative africaine pour la paix et la réconciliation, mais n’ont toujours pas pris la moindre mesure concrète sur la voie du désarmement.

En outre, les chefs de l’ex-Séléka manifestent une opposition de plus en plus farouche au Gouvernement dans le contexte du redéploiement des Forces armées centrafricaines (FACA) dans leurs zones d’influence. Ils estiment que le redéploiement dans ces zones ne devrait avoir lieu qu’après signature d’un accord global. Lors d’une réunion tenue à  Moyenne-Sido le 5 aoà»t 2018, Abdoulaye Hissène, du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), qui fait l’objet de sanctions, Ali Darassa, de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), et Mahamat Al-Khatim, du Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC), ont fait une importante démonstration de force et d’unité, qui ne s’est toutefois pas traduite, sur le terrain, par l’établissement d’une coopération concrète entre leurs factions.

Soucieux de consolider leur position militaire en prélude au dialogue et de se préparer à  d’éventuels affrontements avec les forces nationales de défense et de sécurité, les groupes de l’ex-Séléka ont continué de se procurer des armes. Le présent rapport renferme des informations détaillées sur le trafic d’armes auquel se livrent le FPRC et l’UPC, en particulier depuis le territoire du Soudan.

Le rejet par les chefs de l’ex-Séléka de toute influence extérieure sur les territoires qu’ils contrôlent, qu’elle soit exercée par l’État ou par d’autres groupes armés, témoigne de leur réticence à  voir leurs intérêts économiques contrariés de quelque manière que ce soit. Le rapport met en lumière l’importance primordiale que revêt le secteur du bétail dans les stratégies opérationnelles et les stratégies de financement de la plupart des groupes armés, en particulier dans celles de l’UPC, du Siriri et de Retour, réclamation et réhabilitation (3R), groupes majoritairement peuls.

Les groupes armés continuent également de tirer des revenus des activités d’extraction d’or et de diamants, principalement en prélevant des taxes illégales. De plus, le Groupe d’experts a constaté que certains opérateurs économiques, profitant du manque de réglementation du commerce licite d’or à  l’échelle nationale, exportaient de l’or en provenance de zones contrôlées par des groupes armés et contribuaient donc, au moins indirectement, au financement de ceux-ci. Le rapport fait également état d’informations sur l’implication de l’un des chefs de l’ex-Séléka et ancien conseiller du Président, Ousmane Mahamat Ousmane, dans une affaire de trafic de diamants à  destination du Cameroun.

Tandis que les chefs des groupes armés se donnent une image d’acteurs responsables, soucieux de protéger les populations civiles et les intervenants humanitaires, leurs combattants continuent de commettre des violations flagrantes des droits de l’homme. Le Groupe d’experts a enquêté sur certaines de ces violations, notamment sur des attaques dirigées contre des civils et des intervenants humanitaires dans les préfectures de la Nana-Grébizi, de l’Ouham et de l’Ouham-Pendé. Ces actes étaient l’oeuvre de combattants du FPRC, du MPC et du Mouvement national pour la libération de la Centrafrique (MNLC), emmené par Ahmat Bahar, ainsi que de combattants anti-balaka. Le rapport fournit aussi des informations sur les attaques perpétrées contre des soldats de la paix des Nations Unies, en particulier par des groupes d’autodéfense du sud-est du pays. En outre, le Groupe d’experts exprime les préoccupations que lui inspirent le signalement trop rare des violences sexuelles liées aux conflits et le soutien insuffisant que reçoivent les victimes de violences sexuelles et de violences fondées sur le genre en République centrafricaine.

Le conflit qui sévit en République centrafricaine reste au confluent de plusieurs dynamiques et crises régionales. Le rapport renferme des informations sur les combattants originaires d’autres pays de la région, dont l’association à  des groupes armés est motivée par l’appât du gain. Il offre également des renseignements supplémentaires sur la coopération qu’ont entretenue début 2018 le FPRC et le groupe rebelle dirigé par John Tshibangu, actif en République démocratique du Congo.

Le Groupe d’experts a continué de suivre la mise en oeuvre des sanctions (embargo sur les armes, gel des avoirs et interdiction de voyager). Le rapport fait le point sur les efforts que le Gouvernement continue de faire pour acquérir du matériel militaire, grâce à  des dérogations à  l’embargo sur les armes et dans le respect de la procédure de notification, ainsi que sur le déploiement en cours des forces nationales de défense et de sécurité. Le Groupe d’experts souligne que les autorités nationales, agissant en violation de l’embargo sur les armes, ont autorisé l’importation d’armes et de munitions de chasse.

Abdoulaye Hissène et Nourredine Adam, quant à  eux, ont continué de voyager, au mépris des sanctions dont ils font l’objet, par exemple pour participer à  une réunion qui s’est tenue à  Khartoum les 27 et 28 aoà»t 2018. En outre, plusieurs individus inscrits sur la Liste, tous d’anciens chefs anti-balaka, ont continué de percevoir des salaires versés par les autorités nationales. C’est notamment le cas d’Alfred Yékatom, qui a été arrêté le 29 octobre 2018 après avoir tiré avec un pistolet dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.

Source : ABangui

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