Congo : pressé par le FMI, Sassou N’guesso décrète une guerre sans merci contre la corruption

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Le chef de l’Etat congolais s’est de nouveau engagé à lutter contre la corruption qui gangrène l’économie du pays. Devant le parlement, réuni en congrès, Dénis Sassou N’guesso qui prononçait un message sur l’état de la nation, samedi 29 décembre, a promis qu’il n’y aura «ni menu fretin ni gros poisson». Du déjà entendu, sauf que cette fois le président congolais n’a pas le choix s’il veut bénéficier du soutien financier du FMI afin de sortir le pays de la difficile conjoncture dans laquelle il est plongé depuis quelques années.

Ce n’est pas la première fois que le président congolais décrète une guerre sans merci contre la corruption sans que les effets suivent, mais cette fois, il n’a pas le choix puisque le FMI y tient et y veille. Dans le discours sur l’état de la nation qu’il a prononcé ce samedi 29 décembre devant les deux chambres du Congrès, Denis Sassou N’guesso s’est engagé à faire de la lutte contre la corruption, une de ses priorités pour l’année 2019.

«Je mesure l’impatience du peuple qui attend que des têtes tombent. Face aux délits économiques, quels qu’ils soient, il n’y aura ni menu fretin ni gros poissons. J’assure qu’il n’y aura ni bouclier de protection pour les uns ni rampe de sanctions pour les autres. Tout passera dans la nasse du droit et de la justice, et seule la loi prévaudra la loi», a déclaré le président congolais du haut de la tribune du Parlement.

Afin d’accompagner sa promesse, le président congolais a annoncé l’opérationnalisation dans les plus brefs délais de la Haute autorité de la corruption, dont la loi portant création a été adoptée le 17 décembre dernier. «Cette juridiction, en charge de la répression des délits commis par les dirigeants et les hauts dignitaires de la République, est dorénavant installée dans ses attributions», a fait savoir Denis Sassou N’guesso qui a instruit le gouvernement pour que les textes réglementaires y afférents soient rapidement préparés pour un fonctionnement cohérent et diligent de l’instance. Le chef de l’Etat congolais s’est également engagé à renforcer l’Inspection générale d’Etat, à qui il compte «redonner plus de vigueur et de responsabilité».

Sous le regard du FMI

Bien qu’il soit fortement applaudi par son auditoire à l’annonce de ces nouvelles promesses, les engagements du président congolais ont laissé dubitatives l’opposition politique et la société civile. Ces derniers se sont d’ailleurs rués dans les médias locaux pour tempérer les annonces présidentielles, rappelant que ce n’est pas la première fois et surtout que le président et son entourage sont cités dans plusieurs affaires comme dans l’affaire des biens mal acquis ou les scandales dévoilés par des ONG internationales notamment Global Witness ou Transparency international.

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Cette fois pourtant, le président congolais n’a pas vraiment le choix, car la lutte contre la corruption, l’amélioration de la gouvernance économique et financière font partie des exigences du Fonds monétaire international (FMI). L’institution financière internationale rechigne toujours, en l’absence de véritables résultats, d’accorder un programme d’assistance technique et surtout financier au Congo, sans lequel le pays aura du mal à sortir de la difficile conjoncture dans laquelle l’a plongée la baisse des cours de pétrole de 2014 et dont les répercussions persistent toujours. D’autant qu’avec l’histoire de sa dette cachée contractée avec la Chine, le Congo se trouve à la croisée des chemins et pour tout dire, à la merci de l’institution que préside Christine Lagarde.

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Dans son message, le président Denis Sassou N’guesso n’a d’ailleurs pas d’évoquer le point des négociations du Congo avec le FMI. Selon les explications du chef de l’Etat, des progrès ont été enregistrés avec l’élaboration d’un mémorandum de politique économique et financière sur la période 2018 à 2021 ainsi que du budget 2019 qui a été élaboré avec le FMI.

De plus, a ajouté le chef de l’Etat, la loi portant création de la Société nationale des pétroles du Congo a été aménagé pour tenir compte des exigences du FMI, tout comme le diagnostic sur la gouvernance et la corruption. Par ailleurs, la restructuration de la dette congolaise a fait l’objet d’un traitement qui a reçu des avis positifs, et qui est accompagné d’un nouvel échéancier avec les créanciers avec qui les échanges sont désormais réguliers. Pour ce qui est de la dette intérieure, le président congolais a fait savoir qu’un audit est en cours afin de renforcer la crédibilité des titres ainsi que la validité des créances, tout en s’assurant de la sincérité du service effectué.

«Les obstacles sont en train d’être levés sur la voie menant à la Facilité élargie de crédit», a rassuré Denis Sassou N’guesso qui n’a pas manqué d’annoncer de grandes réalisations socio-économiques et dans les infrastructures en 2019. Des promesses et des engagements qui n’attendent que des actes sur lesquels le président en exercice depuis 34 ans est désormais attendu au cours de la nouvelle année qui commence.

Source : La Tribune Afrique

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