Présidents africains : ces nouveaux visages qui ont rejoint le club des chefs d’Etat en 2018

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Dans l’endurance, la persévérance, parfois sous la contestation, ils ont emprunté la porte du palais présidentiel de leur pays pour accéder au pouvoir. En 2018, l’Afrique des chefs d’Etat s’est enrichie de nouvelles têtes qui font leur entrée dans le select club des présidents africains. Voici les nouveaux visages du pouvoir en Afrique en 2018.

Sahle-Work Zewde, la seule femme chef d’Etat sur le Continent

En Ethiopie, désormais le président est une femme. Dans un Continent où la place de la femme est encore à consolider, son élection, le 25 octobre 2018, constitue peut-être un encouragement. A 68 ans, Sahle-Work Zewde est devenue la première femme à occuper le poste de président de la République fédérale d’Ethiopie.

Une fonction qui la propulse au rang de seule femme chef d’Etat ne Afrique. Même si sa fonction n’est que symbolique dans la préséance constitutionnelle, elle marche sur les pas d’Ellen Johnson Sirleaf au Liberia ou encore Joyce Banda au Malawi. Ce n’est que le sommet de l’ascension fulgurante de sa carrière en deux temps.

Dans les années 1980 dans les coulisses de la diplomatie en Afrique de l’Ouest où elle est ambassadrice d’Ethiopie à Dakar et à Bamako puis à Praia, à Bissau, à Banjul à Conakry. Début des années 2000, elle sera en poste à Djibouti, à Tunis, à Rabat puis en France avant d’arpenter les marches de la diplomatie internationale.

D’abord représentante permanente auprès de l’Unesco, elle occupe la fonction de représentante du SG de l’ONU puis chef du bureau de l’organisation internationale en Centrafrique puis à Nairobi. A la fin d’une carrière d’une trentaine d’années, elle représente l’ONU auprès de l’UA avant de prendre ses nouvelles fonctions de présidente de l’Ethiopie.

George Weah, costume présidentiel contre maillot de footballeur à la retraite

Nous sommes le 22 janvier 2018 au stade Samuel Kanyon Doe de Monrovia. Après une carrière de footballeur à la retraite, des études de master pour combler son gap de diplôme et une campagne électorale à suspense, George Weah enfile officiellement son costume de président du Libéria. A 59 ans, il succède à Ellen Johnson Sirleaf, de 20 ans son aînée. Transition pacifique du pouvoir dans ce pays longtemps miné par la guerre, doublée d’une transition générationnelle ? L’analyse est beaucoup plus profonde.

Avec son entrée à l’Executive Mansion de Monrovia, George Weah bat des records symboliques. L’Histoire retiendra qu’il est le premier footballeur au monde à devenir président d’un pays là où tout semblait entraver sa marche vers la présidence du pays. Enfant issu du bidonville de Wespoint, il est devenu le chef d’un Etat où souvent l’élite métisse est aux commandes du pouvoir décisionnel. Footballeur à succès, il a failli être naturalisé camerounais.

Après deux tentatives infructueuses, en 2005 en tant que candidat-président, en 2011 en tant que vice-président, il devient sénateur et étoffe son CV politique. Entre temps, Weah avait repris ses études abandonnées au stade de lycéen pour les terminer avec un master en management. Une formule apparemment porte-chance qui lui permet d’accrocher ses godasses pour endosser le costume et les souliers de président.

Julius Maada Bio, un comeback par les urnes

Un retour dans la bâtisse coloniale de Fort Thornton, sur l’Avenue Tower Hill, vingt ans après l’avoir quittée. Lorsqu’il prête serment ce 12 mai au stade national Siakas Stevens de Freetown, une bousculade aux portillons a provoqué une fermeture des portes de l’édifice plein comme un œuf. Le jour de son cinquante-quatrième anniversaire, Julius Maada Bio est investi des pleins pouvoirs de président de la Sierra Leone.

Issu de l’opposition, il succède à Ernest Bai Koroma qui l’avait battu à la présidentielle de 2012. La victoire de Julius Maada Bio contre Samura Kamara, le poulain de Koroma, est donc une revanche personnelle. D’un autre côté son bail au State House lui offre l’occasion de redorer son image de putschiste.

En janvier 1996, le brigadier Julius Maada Bio renverse le pouvoir de Valentin Strasser pour remettre le pouvoir aux civils trois mois plus tard. Il part aux Etats-Unis pour parfaire sa formation en relations internationales. Dix ans plus tard, il retourne en Sierra Leone pour faire son entrée en politique. Après un long cheminement qui l’a propulsé sur le fauteuil présidentiel, il hérite d’un pays à réconcilier et à redresser.

Ahmed Abiy, le réformateur

Tout est allé vite dans la carrière de ce spécialiste en cybersécurité du renseignement. A 42 ans, Ahmed Abiy est devenu le 2 avril 2018, le Premier ministre de l’Ethiopie, en remplacement de Haile Mariam Desalegn, démissionnaire. Issu de la minorité Oromo, ethnie majoritaire dans un pays dominé par les Tigréens, ce protestant, fils d’un père musulman et d’une mère orthodoxe, incarne le visage d’un renouveau.

Sa trajectoire de carrière prend un coup d’accélérateur lorsque ce fondateur de l’Agence nationale de sécurité des réseaux d’information, ex-ministre des Technologies, obtient l’investiture de l’OPDO (parti des Oromo) puis de la coalition gouvernementale. A peine arrivé que le nouveau locataire du Palais Ménélik a mis en marche le train des réformes.

Ahmed Abiy met d’abord fin à la guerre larvée avec le voisin érythréen en se rapprochant d’Isaias Afwerki et ouvre de nouvelles perspectives commerciales avec Djibouti. Sur le plan interne, il signe un accord de paix avec la rébellion du FLO, libère les prisonniers politiques mais aussi joue un rôle dans la réunification de l’Eglise orthodoxe. Au titre de ses réformes, l’introduction de la parité dans les postes décisionnels. Et le train n’est pas prêt de s’arrêter.

Cyril Ramaphosa, la revanche de l’héritier de Mandela

En 1997, on lui préféra Thabo Mbeki pour conduire la campagne victorieuse de l’ANC aux élections générales. Vingt ans plus tard, Cyril Ramaphosa est devenu président de l’Afrique du Sud depuis le 14 février 2018, à la suite de la démission à rebondissements de Jacob Zuma. Ce dernier a été poussé à la sortie après une série de scandales politico-financiers qui ont émaillé sa gestion.

Vice-président du pays à ce moment charnière pour le destin du parti-Etat, Cyril Ramaphosa est désigné pour occuper le poste de président après avoir remporté la primaire face à Nkosazanna Dlamini Zuma. Cet avocat de formation a parfait sa dextérité politique d’abord au sein de la ligue des jeunes des l’ANC. Puis, écarté de la succession de Nelson Mandela, son mentor, il se réfugie dans le syndicalisme pour les mines, puis cultive sa fortune et ses réseaux dans les affaires. A la tête d’un fonds d’investissement, il fait fortune dans l’immobilier et le secteur minier. Une richesse qu’il va faire fructifier en installant les franchises des grandes marques dans les villes sud-africaines.

Aujourd’hui désigné par l’ANC comme candidat aux élections générales de 2019, il se prépare à endosser le costume de réformateur face à la concurrence féroce de Juilus Malema ou encore de l’Alliance démocratique. Mais l’homme qui a su toujours attendre avec patience, ne capitule jamais sans livrer bataille.

Mokgweetsi Masisi, un capitaine à la barre en attendant les élections

Depuis le 31 mars, la présidence du Bostwana est assurée par le vice-président Mokgweetsi Masisi. A 57 ans, c’est cet enseignant à la retraite qui tient la barre pour conduire ce discret Etat enclavé et diamantifère d’Afrique australe aux prochaines élections. Rien ne serait sans doute possible sans Ian Khama, son prédécesseur au poste.

Dans un scénario que les Botswanais connaissent sur le bout des doigts, ce dernier a démissionné à huit mois de la fin officielle de son mandat. En entrant au State House, le même formule avait permis à Ian Khama d’accéder à la magistrature suprême du pays, tout comme Mokgweetsi après lui. Ce dernier a marché sur les pas de la carrière d’Edison Masisi, un indéboulonnable haut-fonctionnaire de l’Administration botswanaise.

Formé aux Etats-Unis en pédagogie de l’enseignement Mokgweetsi-fils entame une carrière d’universitaire avant de rejoindre la haute administration. L’ancien cadre d’Unicef entame ensuite une carrière politique au sein du Parti démocratique du Botswana (BDP). Son CV s’allonge, il est élu député de Moshupa, le fief électoral de son père en 2009. Ministre de l’Education, puis des Affaires présidentielles, de l’Administration publique, il est propulsé au poste de vice-président du pays en 2014. De là, il succède au président démissionnaire. Chargé de tenir la barre du pays jusqu’aux prochaines élections, il pourrait être la tête d’affiche du BDP pour tenter de conserver son fauteuil d’intérim.

Source : La Tribune Afrique

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