Présidentielles à Madagascar : « Andry TGV » prend une sérieuse longueur d’avance

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Le second tour des élections présidentielles s’est déroulé dans le calme et n’a révélé aucune anomalie sérieuse selon les observateurs électoraux. Un constat qui est loin d’être partagé par Marc Ravalomanana… Distancé assez largement par Andry Rajoelina selon les tendances de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), il appelle ses supporters à se mobiliser contre les fraudes.

Après la fermeture des bureaux de vote le 19 décembre dernier, les deux finalistes des présidentielles affichaient leur enthousiasme respectif, convaincus d’une victoire prochaine.

« Dès aujourd’hui, vous pouvez dire que « Dada » (NDR : papa en malagasy) est élu » avait lancé Marc Ravalomanana du TIM à son quartier général, devant une foule de supporters. Andry Rajoelina du Mapar, plus retenu mais non moins confiant, déclarait : « C’est le numéro 13 (NDLR : son numéro de campagne) qui mène dans tout Madagascar », joignant le geste à la parole devant un écran géant qui révélait les premiers résultats du site de la Céni, face à des fidèles en liesse. « Je suis confiant dans l’issue du scrutin mais appelle tout le monde à attendre patiemment les résultats de la Céni » avait-il déclaré.

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Des réactions qui rappellent l’atmosphère du premier tour où l’un et l’autre des candidats, prévoyait une victoire assez nette dès le 7 novembre, origine d’un sentiment de confusion chez les électeurs, déjà peu mobilisés. A peine un sur deux s’était déplacé aux urnes. Le second tour n’a pas été plus fédérateur avec seulement 48% de votants d’après la Céni, soit la plus basse participation jamais enregistrée dans l’histoire présidentielle malgache, résultat d’une désaffection politique généralisée mais aussi de l’absence de consignes des grands perdants du 1er tour, comme celle du président sortant Hery Rajaonarimampianina, ou encore celle du pasteur Mailhol, tous deux sèchement éliminés…

Les observateurs valident le déroulement du second tour

Prenant acte de la lenteur des procédures constatée à l’issue du premier tour, la Céni a renforcé ses capacités et il ne lui aura fallut qu’une semaine, pour comptabiliser les résultats scannés des procès-verbaux (PV). Elle devra maintenant les comparer aux PV physiques et c’est à la Haute cour constitutionnelle (HCC) qu’incombera, la validation définitive des résultats. Des étapes qui pourraient bien être plus longues et fastidieuses que la première… En effet, Marc Ravalomanana avait déclaré qu’il accepterait les résultats des élections, à la condition qu’ « ils correspondent à la réalité » or, sitôt les premières tendances rendues publiques, son camp dénonçait des « fraudes massives ».

Un constat qui s’oppose aux conclusions de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), de l’Union européenne (UE), de l’Union Africaine (UA) ou encore de la commission électorale de l’Océan Indien (COI) et du Groupe international de soutien à Madagascar (GIS-M), qui avaient dépêché plusieurs milliers d’observateurs sur le terrain et qui s’accordent sur le bon déroulement du scrutin, malgré quelques anomalies répertoriées ça et là, comme des « distributions d’argent (…) dans 10,4% des communes », surveillées par l’observatoire électoral Safidy…

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Cristian Preda, chef de la mission d’observation électorale de l’UE à Madagascar est globalement satisfait du déroulement du second tour : « Les Malgaches ont voté dans une atmosphère pacifique lors d’un scrutin transparent et bien organisé », a-t-il déclaré au lendemain du vote. Les Nations unies ont quant à elles, conclu à « l’inclusivité » de cette élection, félicitant la Céni pour son « professionnalisme, sa neutralité, son indépendance par rapport aux candidats ».

Ravalomanana appelle ses troupes à se mobiliser contre la fraude

Les résultats de la Céni irritent Marc Ravalomanana qui conteste fermement le déroulement du second tour et dénonce des fraudes ainsi qu’une manipulation de l’opinion publique, à travers la publication de tendances en sa défaveur, non validées, et largement reprises dans la presse. En réponse, la cour électorale a proposé ce matin aux représentants des deux partis, de vérifier par eux-mêmes les documents litigieux, dans un souci de transparence…

Pour rappel, Marc Ravalomanana avait déjà déposé quelques 208 amendements à l’issue du premier tour, avant de se rétracter « dans l’intérêt suprême de la Nation ». Une suspicion de fraude d’ailleurs partagée par le candidat n°13, qui avait exigé un audit international indépendant sur le logiciel de traitement des résultats utilisé par la Céni, lequel s’était tenu quelques jours plus tard.

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Samedi matin, Ravalomanana a réuni une cellule de crise à son quartier général pour préparer la riposte. Dimanche, c’est à la nation qu’il s’est adressé, criant à la fraude, en direct de la télévision malgache. « Le choix du peuple a été bafoué à cause des forces de l’argent (…) les résultats annoncés par la Céni ne sont pas fiables. Les élections ne sont pas crédibles » a-t-il lancé. Il a ensuite appelé « tous les Malgaches qui sont conscients d’avoir perdu leur droit, à se lever, à être courageux, à protéger leur choix » avant de conclure solennel : « N’ayez pas peur. »

Contactée par notre rédaction, l’équipe de campagne d’Andry Rajoelina ne réagit pas aux contestations de Ravalomanana dans l’immédiat.

La victoire se rapproche pour Andry Rajoelina

Les tendances de la Céni laissent apparaître une avance confortable, de l’ordre de 10 points, d’Andry Rajoelina sur son concurrent, Marc Ravalomanana.

En chiffres, ce sont près de 5 millions d’électeurs malgaches qui se sont déplacés aux urnes le 19 décembre dernier. Andry Rajoelina a réuni près de 55% des suffrages devant Marc Ravalomanana avec 45%. Des chiffres qui restent encore provisoires dans l’attente du dépouillement des derniers bulletins et de la déclaration officielle de la Céni, attendue sous peu, puis de la validation définitive par la HCC.

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Au-delà d’un véritable coup de théâtre, comme l’annulation pure et simple du 2nd tour par la HCC pour graves dysfonctionnements, on voit mal comment « Dada » Ravalomanana pourrait rattraper son retard sur « Andry-TGV ». Du côté de Rajoelina, la perspective d’une victoire se rapproche mais on ne crie pas victoire trop vite, Madagascar étant coutumière de rebondissements électoraux… Une victoire assez nette, débarrasserait pourtant Andry Rajoelina du « procès en illégitimité », qui l’avait suivi tout au long de la transition entre 2009 et 2013, suite à son accession au pouvoir dénoncée par la communauté internationale.

Il faudra néanmoins s’armer de patience et attendre début janvier, pour que la HCC ne rende son verdict: de quoi mettre les nerfs des candidats à vif. En attendant, le calme demeure à Madagascar, où les habitants se préparent aux traditionnelles fêtes de fin d’année…

Source : La Tribune Afrique

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