Jean Bamanisa, le serial entrepreneur qui tente de décrypter les codes du ciment «Made in RDC»

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En RDC, Jean Bamanisa est un entrepreneur touche-à-tout qui a, au cours de ces 32 dernières années, investi divers secteurs d’activité allant du pétrole au transport, en passant notamment par le négoce. Mais récemment, il a une nouvelle passion : le ciment, et plus largement le BTP. L’estimant être le secteur le plus challengeant de l’économie congolaise, le businessman tente d’en décrypter les codes du développement pour le rayonnement de la cimenterie congolaise.

Mpila -Congo Brazzaville, le 22 novembre 2017, une cérémonie en grande pompe se tient sous le haut patronage du président Denis Sassou Nguesso. C’est l’homme le plus riche d’Afrique, Aliko Dangote, qui inaugure sa cimenterie d’une capacité de 2 550 millions de tonnes par an et promise pour alimenter les marchés de la sous-région, dont celui de la RDC.

Bamanisa Dangote

Mais sur l’autre rive du fleuve Congo, un homme travaille depuis quelques années à faire émerger le ciment « Made in RDC » : Jean Bamanisa, PDG de Barnet Group. Il est à l’origine de la plus grande cimenterie du pays à 300 millions de dollars et d’une capacité annuelle de 1,2 million de tonnes. Installée à Mlanga dans la province du Kongo central -à l’ouest du pays-, l’unité est gérée par PPC Barnet DRC, une joint-venture de son groupe (21%) avec le leader sud-africain de la cimenterie, Pretoria Portland Cement (PPC – 69%), rejoint par la Société Financière Internationale (SFI – 10%).

32 ans d’affaires, 32 ans de diversification

Qui est-t-il ? Dans les milieux d’affaires, on ne le présente plus. Aujourd’hui à la tête de plusieurs entreprises, ce natif de Kisangani -au nord-ouest du pays- arpente les arcanes du business congolais depuis une trentaine d’années. A ses débuts, Jean Bamanisa fait dans le transit et le transport, puis mise sur l’export du café, posant progressivement ses marques dans le négoce international. C’est ainsi que s’ouvre pour lui la porte vers la diversification.

« L’environnement incertain incitait à se diversifier afin d’échapper aux pressions extérieures, d’ordre politique, concurrentiel, de perturbations des paramètres économiques telles les dévaluations, le fisc oppressant, les turbulences politico-militaires ou sociales que nous avons connus en 1991, 1993 et de 1997 à 2001, lorsqu’ayant tout perdu, nous étions forcés de remonter nos affaires pratiquement de zéro », se souvient ce serial entrepreneur dans un entretien avec La Tribune Afrique.

Saisissant des opportunités dans le pétrole, il en devient, l’un des premiers distributeurs locaux, concurrençant les filiales de multinationales, avant de soustraire ces activités de son portefeuille. « Au fur et à mesure de l’évolution positive du secteur formel, nos entreprises devaient s’organiser face aux exigences de la clientèle et à la venue des nouveaux acteurs. J’ai ainsi abandonné le secteur pétrolier en 2001 face à l’incompréhension de notre administration et à des pressions politiques. J’avais à cet effet cédé mon entreprise BAJE à un ancien collaborateur pour me consacrer à d’autres secteurs  »moins exposés » », explique-t-il.*

Les motifs d’une immersion dans la cimenterie

En explorant les zones industrielles, Bamanisa découvre le calcaire de Maluku et Kimpese. Conscient des besoins en matière construction dans son pays, il choisit de miser sur le ciment et en fait un véritable cheval de bataille, si bien qu’il devient l’un des visages de ce secteur en RDC.

« L’évolution politique et les élections en 2006 -[les présidentielles remportées par Joseph Kabila, ndlr]- basées sur un programme de construction et le lancement de nouveaux chantiers m’ont convaincus d’investir dans le ciment », confie-t-il.

Dès lors, son entreprise lance différentes études qui confortent sur le viabilité d’un projet de cimenterie et c’est alors qu’il engage la chasse aux investisseurs. « J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs grandes entreprises du secteur avant de tomber sur la sud-africaine PPC en 2011, qui nous a ramené la SFI et le bailleur TBA Bank », détaille l’entrepreneur.

Officiellement entrée en service le 1er novembre 2017, PPC Barnet DRC écoule déjà ses produits sur le marché local. Entre mars et septembre 2018, la firme a totalisé plus de 2,8 millions de dollars de chiffre d’affaires, pour s’arracher une part de marché « entre 25% et 30% » dans un « environnement commercial compétitif », déclarait à la presse sud-africaine Johan Claassen, CEO de PPC Ltd, à l’occasion de ses six mois d’intérim. En effet, PPC Barnet DRC doit faire face à la concurrence des acteurs historiques, mais aussi d’une unité de taille égale, qui lui a emboîté le pas sur ce marché.

L’ExpoBeton pour relever l’ambition

Aujourd’hui, Jean Bamanisa estime n’avoir connu, tout au long de son parcours, un secteur aussi challengeant que celui du ciment et plus généralement des BTP. En 2016, pour donner un sens profond à sa vision d’un secteur dynamique et fort, l’ex-président de la section de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) à Kinshasa initie l’ExpoBeton, un événement annuel qui rassemble tous les acteurs des BTP et du domaine des infrastructures de RDC, dont la troisième édition s’est tenue en septembre dernier dans la capitale. Inaugurée par le vice-premier ministre en charge des Transports et voies de communication, José Makila, la rencontre était l’occasion de revenir sur les questions clés liées au développement du secteur, entre autres, le financement de l’habitat, les projets et programmes d’envergure, la promotion de l’expertise nationale ou encore les voies et moyens de booster la consommation, lesquels représentent de véritables défis pour les opérateurs.

ExpoBeton

« Il y a pourtant matière à consommer le ciment dans ce pays. Nous avons besoin de construire ou reconstruire nos villes et refaire des ouvrages. L’Etat devrait être interpellé… La production dans la zone Ouest est passée de 450.000 tonnes par an à 2,5 millions de tonnes par an et les prix sont stables», regrette Bamanisa qui milite également pour la création d’une banque de l’habitat pour non seulement financer les entreprises, mais également financer l’acquisition par les particuliers de biens immobiliers. Ce qui, à son avis, accélérerait la machine sectorielle.

Business et politique ? « Sacrifice » !

Très apprécié ex-gouverneur de la défunte province Orientale -qui, après quelques années sabbatiques revient en politique dans le cadre des élections provinciales 2018-, Jean Bamanisa répond vigoureusement par la négative quand on lui demande s’il lui est arrivé, tout au long de sa carrière, d’user de son influence politique à des fins capitalistiques. Celui qui est également le beau-frère de Jean-Pierre Bemba assure avoir rejoint la politique pour « parachever » sa lutte en faveur du secteur privé. « Durant mon mandat, je n’ai pas cherché à me prévaloir en raison de ma position politique », assure-t-il, soulignant que ses entreprises en ont pâti, car son erreur avait été la non-préparation d’une relève de gestion. Plus qu’autre chose, d’après lui, cela a été un « sacrifice » que d’« aller en politique non pour gagner lucrativement, mais pour servir ma Nation ». Et de conclure :

« Lorsque j’ai fini mon mandat de Gouverneur de Province, j’ai dit aux miens et particulièrement à mes enfants qu’ils pouvaient regarder n’importe qui droit dans les yeux, car ils ne devraient point craindre que leur père se soit compromis ».

Source : La Tribune Afrique

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