Agression en Afrique du Sud : Mnangagwa va-t-il livrer Grace Mugabe ?

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Affaire privée ou affaire diplomatique ? Les tergiversations avaient offert à Grace Mugabe, l’échappatoire pour quitter l’Afrique du Sud en dépit d’une plainte d’un mannequin l’accusant d’agression avec violence. Mais aujourd’hui que Robert Mugabe, son mari, n’est plus au pouvoir, l’affaire a pris une autre tournure, judiciaire cette fois-ci. La justice sud-africaine a décidé de lancer un mandat d’arrêt international contre l’ex-Première Dame du Zimbabwe. Toute la question est de savoir si elle va encore passer entre les mailles du filet judiciaire.

Une affaire ressortie des placards judiciaires. Sous les cris d’orfraie de la police et de la justice, Grace Mugabe quitte l’Afrique du Sud, fin août 2017, sous couvert d’une immunité diplomatique négociée à la dernière minute entre l’Administration de son mari resté à Harare et celle de Jacob Zuma. Elle était pourtant sous le coup d’une plainte pour agression sur Gabriella Engels, une mannequin de 20 ans. Aujourd’hui, l’affaire prend une autre tournure.

Grace Mugabe, rattrapée par un mandat d’arrêt

Le tribunal de Randburg, dans la province de Gauteng, a émis un mandat d’arrêt international contre l’ex-Première Dame afin qu’elle soit extradée et entendue dans le cadre de la plainte de la jeune femme. Option étudiée par la justice sud-africaine, le mandat a pourtant été émis depuis le 13 décembre 2018. « Je peux confirmer qu’un mandat d’arrêt contre Grace Mugabe a été lancé jeudi [13 décembre 2018] », a déclaré Vishnu Naidoo, le porte-parole de la police sud-africaine. « Nous suivons les procédures d’Interpol et nous demandons donc une aide pour obtenir son arrestation », a-t-il ajouté.

Le 17 août 2017, Gabriella Engels porte plainte pour « coups et blessures graves » contre une certaine… Grace Mugabe. En séjour médical en Afrique du Sud avec Robert Jr et Chatunga, ses deux enfants, la Première Dame séjournait au West Hotel, un palace situé dans le quartier huppé de Sandton à Johannesburg. Dans la chambre qui jouxte sa suite présidentielle, elle surprend ses enfants en compagnie de Gabriella Engels et de ses amies. Elle aurait alors asséné à la jeune femme des coups à l’aide d’une rallonge électrique. Ses coups auraient provoqué une entaille visible au front et une autre à la nuque de la victime.

Grace Mugabe a pu quitter l’Afrique du Sud sans être inquiétée. En effet, le nom de l’agresseur a attiré l’attention des autorités sud-africaines qui se sont empressées d’invoquer l’immunité de la Première Dame, sous les protestations de la justice et de la police. En mai 2018, le groupe de pression AfriForum a obtenu de la justice qu’elle examine la légalité de cette immunité accordée à l’épouse de Robert Mugabe. Celle-ci a conduit à la délivrance de ce mandat d’arrêt.

Le destin de Grace entre les mains de Mnangagwa

S’achemine-t-on vers l’extradition de « Gucci Grace», le surnom dont l’affublent ses détracteurs ? La réponse se trouve de l’autre coté de la frontière, entre les mains d’Emmerson Mnangagwa, locataire depuis novembre 2017 su Palais National d’Harare. Le « tombeur » de Mugabe se voit ainsi offrir une occasion en or pour se débarrasser de sa plus coriace rivale, sans faire passer son soudain souci d’égalité devant la justice pour une « chasse aux sorcières » politique.

En effet, il est de notoriété publique qu’entre l’ex-Première Dame et le nouveau président, la rancune est tenace. L’histoire aurait pu s’écrire autrement si Grace Mugabe avait accédé à son ambition de voir son mari lui confier les rênes du pays au moment de sa retraite. La section « G40 » de la Zanu-PF présidée par la Première Dame comptait neutraliser la section « Lacoste » d’Emmerson Mnangagwa. Au point que les doigts étaient pointés contre Grace pour le limogeage de l’ex-vice-président mais aussi tentative d’empoisonnement de Mnangagwa, lors d’un meeting de la Zanu-PF.

Aujourd’hui, cette affaire judiciaire de droit privé prend des allures de revanche du nouveau maître d’Harare. Il suffirait d’une signature pour que Grace Mugabe quitte sa luxueuse villa de Blue Roof, dans le quartier aisé de Borrowdale pour la cellule spartiate d’une prison sud-africaine. Emmerson Mnangagwa aurait besoin du talent des grands acteurs pour feindre ne pas boire du petit lait de cette disgrâce. Aujourd’hui plus que jamais le destin de sa meilleure ennemie est suspendu à son stylo présidentiel.

Source : La Tribune Afrique

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