Madagascar / présidentielles : la stratégie économique d’Andry Rajoelina passée au crible

0
140

Du rêve d’émergence malagasy à la réalité d’un pays figé dans le top 5 des Etats les plus pauvres du monde, Andry Rajoelina promet de « rattraper le retard en développement de Madagascar en 5 ans » ! En cette veille de second tour des présidentielles, nous avons décrypté le programme économique du candidat du Mapar, engagé dans un pari de restructuration audacieux…

Avec 55.8% de Malagasy affectés par la malnutrition selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le développement de l’agribusiness représente le premier pilier de la stratégie économique du candidat.

Pour renflouer les caisses de l’Etat, Andry Rajoelina compte optimiser l’exploitation des ressources naturelles mais aussi le secteur du tourisme. Il entend notamment réformer le cadre réglementaire de l’économie bleue, qui représente 7% du PIB et qui fait vivre plus de 1,7 million de personnes.

« Je veux garantir la souveraineté de Madagascar et sécuriser nos eaux territoriales -mais aussi- professionnaliser les activités de pêche » a-t-il avancé.

Un sujet polémique depuis la signature de l’accord entre le consortium Taihe et l’association privée malgache (AMDP) en septembre dernier à Pékin, qui renvoie dos à dos exploitations familiales locales et pêche industrielle des chalutiers chinois.

Lire aussi : Entretien exclusif : Andry Rajoelina se dit prêt à remettre Madagascar sur les rails

« Andry TGV » veut par ailleurs, renforcer les facteurs de production en réduisant le coût de l’énergie, le tarif actuel étant de 0,25 euros le KW, contre 0,04 euros en Afrique du sud à titre comparatif, et promet de passer « d’une production nationale de 400 MW à 800 MW » en un seul mandat.

Enfin, il escompte améliorer le climat des affaires à travers la diminution du coût du crédit via la création d’une banque d’investissement, l’amélioration de l’accès au foncier ou encore, le renforcement des mesures pour assurer la stabilité de l’ariary, qui viennent parachever les grandes lignes de son programme. Une vision ambitieuse qui ne pourrait faire l’économie du soutien du secteur privé ni de celui des bailleurs internationaux…

Lire aussi : Economie bleue : un investissement chinois de 2,7 milliards de dollars annoncé à Madagascar

Un « Plan d’urgence sociale » soutenu par l’agribusiness

Andry Rajoelina ambitionne de sortir le pays d’une crise structurelle qui maintient plus de 75% de la population dans la pauvreté, avec moins de 2 euros par jour. Selon les Nations unies, 43% des décès frappant les enfants malgaches âgés de 0 à 5 ans, sont provoqués par la malnutrition. « Afin de permettre à tous de se nourrir décemment, nous continuerons à mettre en place des centrales d’achat de produits alimentaires à très bas prix » (NDLR : les Tsena Mora). Il en coûterait 1000 ariary (0.25 euro) pour 1kg de riz, la même chose pour ½ litre d’huile ou pour ½ kg de sucre.

Par ailleurs, il projette d’augmenter la surface des terres rizicoles (NDLR : +100.000 ha) et d’atteindre un rendement à l’hectare de 5 tonnes. L’objectif est de produire 500.000 tonnes de riz par an, pour une population estimée à 25 millions d’habitants. Une stratégie agricole soutenue par la création d’un pôle d’agribusiness et par le renforcement des filières à forte valeur ajoutée telles que la vanille ou le cacao.

Lire aussi : Madagascar : la « revanche » entre Ravalomanana et Rajoelina aura bien lieu

Pour encourager les vocations d’une part, et répondre au défi de l’autosuffisance alimentaire d’autre part, il prévoit de créer un titre vert pour l’entreprenariat agricole, et de céder 10 ha de terre aux jeunes Malgaches ayant reçu une formation en matière d’exploitation des terres.

Au niveau sanitaire, le chef de file du Mapar propose notamment, la création de cliniques mobiles sous forme de camions médicalisés. Rappelons que le pays est toujours en proie à des épidémies récurrentes comme la peste, qui a encore fait plus de 200 morts en 2017…

Intégrer le club des pays producteurs de pétrole

Le président de l’Initiative pour l’Emergence de Madagascar (IEM) veut s’attaquer au développement des secteurs des mines, du gaz et du pétrole, avec un premier objectif d’atteindre une production aurifère de 25 tonnes par an, contre 2.8 tonnes aujourd’hui et d’exporter plus de 30% de pierres précieuses taillées en 5 ans.

Au niveau pétrolifère, le potentiel de production annuelle est considérable, estimé à 19,6 milliards de dollars de barils selon une étude d’Africa Oil & Power, qui faisait de Madagascar le 2ème pays d’Afrique le plus attractif, en termes d’opportunités d’investissement pour les secteurs du pétrole et du gaz, en 2016. Des perspectives qui incitent le candidat à s’engager dans la construction de nouvelles raffineries, tout en promettant « de renforcer les contrôles sur la gestion des revenus pétroliers et gaziers, pour soutenir le développement socio-économique du pays ».

Il prévoit notamment la construction d’une raffinerie pétrolière le long du Canal du Mozambique. Au-delà des questions de souveraineté qui pourraient attiser les tensions régionales autour de l’exploitation pétrolière offshore, il se retrouverait confronté à la dichotomie entre les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, intégrant l’abandon progressif des énergies fossiles, et les impératifs de développement de l’île…

Faire de Madagascar la « smart Island » de demain ?

Inspiré par le président du Sénégal, Macky Sall, il ambitionne de créer des villes nouvelles, à l’image de Diamniadio, située non loin de Dakar. «Chaque nouvelle ville comprendra des logements sociaux, un centre d’affaires, un quartier administratif, des établissements d’enseignement et de formation mais aussi des lieux culturels et sportifs», a-t-il promis.

Les infrastructures touristiques sont également inscrites aux priorités du candidat qui souhaiterait faire de Nosy Be « la » destination haut-de-gamme de l’île. Les investissements hôteliers seraient facilités pour soutenir la construction de Resorts répondant aux standards du luxe international (Marina Yachts, safaris).

Misant sur l’attractivité d’un pays doté de plages de sable blanc encore peu fréquentées, et sur ses nombreuses espèces endémiques, il projette de faire passer le nombre de touristes de 500.000 à 800.000 en 5 ans. Le secteur reste néanmoins conditionné à la sécurité, devenue un véritable cheval de bataille pour le candidat, prêt à recourir aux technologies les plus avancées, notamment aux drones, pour protéger les populations.

Il promet par ailleurs, de construire 3 unités de cimenteries et 500 km de routes supplémentaires chaque année, «pour faciliter la circulation des marchandises, diminuer le coût des transports et favoriser la création d’emplois». Les besoins en infrastructures routières sont tels que les recours aux partenariats publics-privés (PPP) semblent indissociables de cette stratégie. Quant au dossier de l’emploi, il se dit prêt à s’attaquer à l’épineux dossier du travail informel, qui touche près de 9 travailleurs malgaches sur 10, selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

L’indispensable soutien des bailleurs internationaux

A ce jour, l’Etat perdrait au bas mot, près de 100 milliards d’ariary en détournements de fonds publics par an, s’indigne le candidat. « J’aurai une politique de tolérance zéro sur la corruption » a-t-il martelé lors de ses meetings de campagne, rappelant s’être engagé à « restaurer l’Etat de droit », en réformant le secteur de la justice et en renforçant les organes de contrôle interne. Des précautions nécessaires, pour rassurer les bailleurs internationaux le cas échéant, (NDR : lesquels avaient fait défection en 2009), dont le soutien demeure indispensable aux réformes structurelles requises, et qui reste soumis à des règles de « bonne gouvernance » nationales. « Nous travaillerons avec des bailleurs de fonds internationaux classiques : Banque Mondiale, FMI, Union Européenne mais aussi avec des investisseurs et des entreprises privés » escompte Andry Rajoelina.

« Sortir Madagascar de la pauvreté » : une promesse faîte par les 2 candidats, qui dépendra donc aussi des conditions dans lesquelles, le prochain président accédera au pouvoir. La période qui s’annonce, à partir du 19 décembre, date du second tour des présidentielles, jusqu’à la proclamation des résultats, prévue fin décembre-début janvier, représente un « moment-clé » pour Madagascar, coutumière des soubresauts électoraux…

Source : La Tribune Afrique

Laisser un commentaire