Présidentielle au Sénégal : Karim Wade, la candidature impossible

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Ce sera l’absent le plus présent de la présidentielle de février 2019. Karim Wade, le fils du prédécesseur de Macky Sall, ne sera pas dans les starting-blocks de la course au Palais de la République. Le hasard du calendrier judiciaire sénégalais a voulu qu’au moment où Khalifa Sall voyait sa condamnation confirmée en appel, que son sort judiciaire soit scellé par la Cour suprême. En dernier recours, la plus haute juridiction sénégalaise a débouté Wade fils de sa requête de se faire inscrire sur les listes électorales.

En guise de baroud d’honneur, ce sera la bataille de l’opinion publique que Karim Wade et son entourage vont mener de front. Au parti démocratique sénégalais (PDS) on insiste qu’il reste encore le candidat de la formation créée par Abdoulaye Wade et on table sur la pression des manifestations de rue pour faire casser la décision de la plus haute juridiction du Sénégal.

Radiation des listes confirmée pour Karim Wade

Ce jeudi 30 août 2018, la Cour suprême sénégalaise a rendu un verdict défavorable à Karim Wade qui avait saisi la juridiction en protestation de sa radiation des listes électorales. Cette radiation empêchait de fait le fils d’Abdoulaye Wade, l’ancien président du Sénégal, de se porter candidat à la succession de Macky Sall dont le fauteuil est remis en jeu lors de la présidentielle de février 2019.

Abdoulaye Ndiaye, le juge de la Cour suprême qui a présidé l’audience a rejeté le pourvoi en cassation de Wade, estimant sa juridiction incompétente pour se prononcer sur cette affaire. Si ce juge a présidé l’affaire en lieu et place de Badio Camara, le premier président de la Cour suprême, c’est que dans un communiqué incendiaire à la veille du verdict, Karim Wade dénonçait l’impartialité de ce magistrat. Ce dernier aurait participé, selon le communiqué-lettre, à des réunions nocturnes en présence d’autres magistrats, destinées, selon lui, à mettre à exécution un plan visant à l’écarter.

En juillet dernier, le ministère de l’Intérieur avait rejeté l’inscription de Karim Wade sur les listes électorales, effectuée via l’ambassade du Sénégal au Koweït. Un rejet motivé par le Code électoral sénégalais interdisant l’enregistrement de toute personne condamnée à une peine supérieure à cinq ans de prison. Candidat désigné du PDS, Karim Wade avait eu des démêlés judiciaires qui s’étaient mystérieusement évaporées avec une grâce présidentielle accordée le 24 juin 2016 par le président Macky Sall, sous médiation du Qatar où Wade fils vit depuis en exil.

Mauvaise fortune judiciaire d’opposants crédibles à Macky Sall

En mars 2015, après un procès plus tard dénoncé par la société civile, Karim Wade est condamné à une peine de 6 ans de prison ferme et 138 milliards de FCFA d’amende par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) sur un patrimoine estimée à 700 milliards de FCFA qu’il se serait frauduleusement bâti lors de ses fonctions de ministre dans les gouvernements de son père. Cette décision a été confirmée en cassation en mars 2015. La grâce présidentielle qui lui a été accordée n’annule pas le jugement et ne gomme pas la tache sur son casier judiciaire.

Pour l’heure, la candidature de Karim Wade semble impossible même si ses avocats évoquent d’autres moyens de recours, sans doute à l’international. Mais pour une justice sénégalaise sourde au Groupe des Nations Unies qui avait jugé la détention de Karim Wade arbitraire ou encore la Raddho qui avait dénoncé le manque de partialité du procès ou encore la Cour de justice de la CEDEAO qui avait reconnu des violations, le verdict ne sera pas réaménagé.

Au Sénégal comme partout ailleurs la concomitance, entre la confirmation de la condamnation de Khalifa Sall et le rejet de la demande de Karim Wade, s’apparente à une volonté du pouvoir en place d’écarter de la course au Palais, les prétendants les plus crédibles pour peser contre Macky Sall. Beaucoup d’observateurs soulèvent que cette similarité de «mauvaise fortune judiciaire» pourrait pousser l’opposition ne s’agglutine pour faire bloc. Sans doute une des clés de la riposte.

 

Source : La Tribune Afrique

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