La CEMAC face à ses défis

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N’DJAMENA — La Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (CEMAC) fait face à de multiples défis économiques, sécuritaires et institutionnelles, a déclaré le président de sa Commission, Daniel Ona Ondo, devant le Parlement de la Communauté dont la session extraordinaire s’achève ce samedi dans la capitale tchadienne.

Les six pays de la zone CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad) sont confrontés depuis quatre ans à une décélération de la croissance économique concomitamment à la détérioration des déficits budgétaires et des comptes extérieurs, à l’accumulation des impayés dus aux créanciers à l’origine de la baisse d’activités des entreprises et des tensions sociales. La situation macroéconomique, après avoir été caractérisée en 2016 par une récession (0,4%), une détérioration des comptes publics et extérieurs, ainsi qu’une situation monétaire moins confortable, a été atone en 2017.

Eu égard aux risques que faisait courir cette situation sur la cohésion nationale au sein des États et la solidité de la monnaie commune, les chefs d’État ont adopté, en décembre 2016, des mesures d’urgence visant à stabiliser le cadre macroéconomique et à inverser durablement les tendances négatives de leurs économies.

Il devenait plus qu’urgent de promouvoir la résilience des économies soutenue entre autres par l’approfondissement de l’intégration régionale. La mise en oeuvre des programmes économiques soutenus par les partenaires au développement traduites par des appuis budgétaires des partenaires techniques et financiers, a permis de rétablir la viabilité budgétaire, de stabiliser les réserves de changes de la zone CEMAC.

« Ces résultats augurent des perspectives prometteuses portées notamment par les acquis et la poursuite des mesures d’ajustement et des réformes économiques et aussi le redressement observé sur les marchés des prix du pétrole brut dont sont tributaires (encore malheureusement) les économies de la sous-région », a tempéré M. Ona Ondo.

Selon le président de la Commission, cet environnement économique n’aurait pas été aussi dégradé si les effets liés aux défis sécuritaires ne se sont pas ajoutés. En effet, le contexte sociopolitique régional est marqué principalement par la persistance des menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité au Cameroun, au Tchad et en Centrafrique.

« Ce contexte a des répercussions négatives sur le plan économique d’autant qu’il se traduit par une éviction des projets structurants et porteurs pour le développement des États », a expliqué M. Ona Ondo. Cet environnement sécuritaire a eu pour conséquence la mise en cause partielle de l’importante décision prise par les chefs d’État lors du dernier sommet de N’Djaména, fin octobre 2017, sur la libre circulation des personnes et des biens. « Il nous faut donc prendre rapidement les mesures d’accompagnement pour rendre effective cette décision. Nous avons fait de ce dossier une des priorités de l’action du gouvernement de la Commission », a insisté M. Ona Ondo.

Le contexte sécuritaire a été également une cause majeure de la faible mobilisation des financements extérieurs, mais aussi celle des acteurs devant œuvrer à l’amélioration du recouvrement de la principale source de financement des activités quest la taxe communautaire d’intégration (TCI). « Le taux de recouvrement et de reversement de la TCI reste désespérément bas, au point où il ne permet pas de couvrir les charges essentielles de fonctionnement de notre Communauté », avait déploré le président tchadien Idriss Déby Itno lors du sommet de N’Djaména.

Le montant cumulé des arriérés de cotisations des six pays membres de la CEMAC vis-à-vis de leur organisation, depuis 2009, dépasse les 200 milliards de francs CFA.

« A ces crises économique et sécuritaire, se greffe une crise institutionnelle induite par le processus en cours de la relocalisation de la Commission et des institutions de la Communauté ayant leurs sièges à Bangui (République Centrafricaine), prescrit par la conférence des chefs d’État et relayé par le président en exercice de la Communauté dans sa feuille de route », a par ailleurs indiqué le président de la Commission.

La situation de crise sécuritaire (notamment en RCA), économique et sociale dans la sous-région a mis à rude épreuve la Commission, les agences d’exécution et les autres institutions spécialisées de la CEMAC, dont les capacités administratives, institutionnelles, financières et techniques ont été affectées par l’errance. « Des personnels en absence quasi permanent, tel que la situation qui prévaut à Bangui contraignant l’essentiel du travail, quand c’est possible, à s’effectuer via les NTIC », a expliqué M. Ona Ondo.

« L’absence des équipes pleinement opérationnelles tant à la Commission que dans les organes et agences d’exécution, n’a pas permis de garantir la préparation et l’exécution efficiente des projets retenus et d’améliorer l’efficacité du suivi des dépenses prévues dans les budgets pour atteindre les résultats attendus », a-t-il ajouté.

Selon le chef de l’exécutif de la CEMAC, cette situation est due principalement aux insuffisances criardes en matière de logement aussi bien des commissaires que des cadres expatriés qui vivent dans le confinement des hôtels, loin de leurs familles. Cette crise du logement est exacerbée par la présence de la MINUSCA en RCA.

Ce qui a contraint la Commission à aller s’installer en Guinée Équatoriale. Au point de susciter des incompréhensions qui, depuis quelques semaines, empoisonnent la sérénité du fonctionnement des institutions, à l’exemple de l’absence remarquée de membres du gouvernement centrafricain à la 32ème session du conseil des ministres de l’UEAC (Union économique des États de l’Afrique centrale) à N’Djaména.

Mais ce « repli provisoire » d’une partie du personnel, a rassuré M. Ona Ondo, vise tout simplement à impulser le processus de réhabilitation des logements et du siège engagé par la Commission en complément des efforts fournis par le gouvernement centrafricain afin que la Commission retrouve la stabilité dont elle a besoin pour remplir ses missions.

« Les défis majeurs, sécuritaires et économiques auxquels fait face la CEMAC imposent à l’ensemble des institutions et organes la mise en œuvre des réponses appropriées, en appui aux réformes structurelles engagées par les États », a-t-il conclu.

Source : abangui

abangui

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