Les ressortissants de la Ouaka témoignent pour Tchakpa Mbrède

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Bangui- Les obsèques officielles de l’ancien ministre de l’Education nationale, Al Hadj Abdoul Amine Tchakpa Mbrède, se sont déroulées, lundi 5 mars 2018, au siège du Haut Conseil de la Communication (HCC), à Bangui.
A cette occasion, l’association « Action pour la Solidarité et le Développement de la Ouaka (ASD-OUAKA) », dont il était un des principaux promoteurs, a présenté un témoignage lu par Madame Rachel Ngakola.
La rédaction de l’ACAP, que feu Al Hadj Abdoul Amine Tchakpa Mbrède a servie au poste de rédacteur en chef, propose à ses lecteurs l’intégralité du témoignage de l’ASD-OUAKA.

Témoignage de l’association « Action pour la Solidarité et le Développement de la Ouaka (ASD-Ouaka à l’occasion des obsèques de notre regretté Tchakpa Mbrédé

Honorable Monsieur le Président de l’Assemblée nationale ;
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement ;
Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions de la République ;
Monsieur le Président du Haut Conseil de la Communication ;
Mesdames et Messieurs, en vos rangs et prérogatives.
C’est avec un coeur serré et plein d’émotion que j’accepte de vous livrer, au nom de l’association « Action pour la Solidarité et le Développement de la Ouaka, en abrégé ASD-OUAKA, le témoignage des moments que nous avons passés ensemble en compagnie de notre frère défunt Georges Mbrédé.
Oui, Georges Mbrédé est le patronyme que lui a donné son père géniteur Tchakpa.
A la faveur du vent de l’authenticité, qui a soufflé sur la rive gauche de l’Oubangui, dans les années 70/80, Georges Mbrédé fait l’adjonction du nom Tchakpa en lieu et place du prénom Georges. Il s’appellera désormais Tchakpa Mbrédé.
Quelques années plus tard, liberté de confession oblige, Tchakpa Mbrédé opte pour l’Islam. Après un pélerinage à la Mecque, il est baptisé El Hadj Abdoul Amine Tchakpa Mbrédé.
Mais auparavant, je voudrais rappeler, à la mémoire de l’assistance ici présente, qu’il n’y a pas longtemps, précisément au début du mois d’octobre 2017, nous perdions un des nôtres, en la personne de feu Henri Kradda, Président du Haut Conseil des Fondateurs de l’ASD-OUAKA dans des circonstances bouleversantes.
Henri Kradda était une bibliothèque vivante et véritable mémoire de notre terroir, la préfecture de la OUAKA. Il nous a quittés sans crier gare, alors que nous attendions beaucoup de lui pour exploiter la masse d’information qu’il détenait. Mais hélas! Le destin en a décidé autrement, et nous nous inclinons malgré notre volonté de faire repousser les limites de cette vie arrachée à notre dépend.
Mesdames et Messieurs, permettez-moi de vous rappeler par ailleurs, qu’en l’espace de moins de trois mois, la Ouaka a perdu trois autres grandes figures de ses élites, en l’occurrence les regrettés Célestin Gaombalet, ancien Premier-ministre, ancien Président de l’Assemblée nationale, El Hadj Abdoul Amine Tchakpa Mbrédé, ancien Ministre, ancien membre du Conseil National de Transition et actuellement membre du Haut Conseil de la Communication ainsi que Maître Henri Pouzère, Avocat de renommée internationale et ancien Ministre.
C’est ici le moment d’adresser nos condoléances les plus émues à toute la communauté de la Ouaka, en général, et aux familles des disparus, en particulier.
En ce qui concerne notre regretté El Hadj Abdoul Amine Tchakpa Mbrédé, nous voudrions présenter ici les trois dimensions de l’homme.
La première dimension est sportive : Tchakpa Mbrédé fut un grand sportif et son domaine de prédilection était la course de vitesse dit « sprint ».
En effet, pendant les humanités au Lycée Moderne de Bambari, vers la fin des années 60 et au début des années 70, l’homme, que vous voyez couché ici était celui qui pouvait attraper un céphalophe ou un écureuil en un clin d’oeil, tellement qu’il était vif et rapide, soulevant au passage les cris de joie des élèves lors des compétitions scolaires ou simplement pendant les cours et compositions des épreuves physiques et sportives.
Les dix premiers mètres consommés à une vitesse vertigineuse, il courait comme s’il avait le diable à ses trousses.
La foule bigarrée, composée des élèves, filles et garçons, l’ovationnait d’une seule voix « Mbrédé allonge! Allonge Mbrédé! Allonge, allonge ».
Tchakpa, arrivé en premier de cette course folle, était porté haut par les grands élèves. L’enthousiasme était à son comble. L’athlète qui n’osait même pas rire, esquissait un sourire narquois, qu’il adressait à ses « supporters ».
C’est vous dire que, notre sprinter, ci-devant couché, a fini aujourd’hui sa course tout seul, donc en solitaire sur le sommet de l’Atlas, au Maroc, alors qu’il aurait bien voulu la finir à Atongo-Bakari, le village qui l’a vu naître.
La deuxième dimension de El Hadj Abdoul Amine Tchakpa Mbrédé est communicationnelle et serait même dans la suite de son caractère décrit plus haut. Cette dimension de l’homme n’est pas à commenter ou à présenter de notre part. Il s’agit de situer l’auditoire sur l’origine de la vocation communicationnelle de notre illustre défunt.
En effet, c’est à travers l’écoute et la pratique de la tradition dans son terroir, dès son jeune âge, que Tchakpa Mbrédé a appris les divers modes de communication, notamment par les tam-tams ou lingas, les xylophones ou kalangba, les flûtes faites de cornes, les cithares ou koundi, les sandji fabriqués avec la carapace de tortue surmontée de lamelles de fer, qui alimentaient les chansons et danses traditionnelles ainsi que les récits de contes le soir autour du feu.
Tchakpa Mbrédé aimait singulièrement la danse Mgbaké et les chansons du regretté Guillaume Patchélépeu, l’une des vedettes traditionnelles renommées de la contrée d’Ippy.
Cet acquis communicationnel du terroir a été le socle des connaissances professionnelles qui guideront Tchakpa Mbrédé à se spécialiser dans la communication moderne. C’est ce qui est à l’origine de son génie d’utiliser les mots justes, mais parfois blessants. Les exemples sont légion.
Pour la circonstance, je n’en donnerai qu’un seul qui lui valut la prison, et déclencher l’ire de ses confrères et de la classe politique de l’époque.
En effet, Tchakpa, homme politique et communicateur de son Etat, avait déclaré, à propos de la violation de l’une des Constitutions de la République, que le Président de la République, Chef de l’Etat de l’époque, a commis l’inceste par le viol de sa propre fille la Constitution, dont il était le principal initiateur. Devinez la suite!

Excellences, Mesdames et Messieurs,
La troisième et dernière dimension de feu El Hadj Tchakpa Mbrédé est communautaire et sociétale.
Oui, feu Tchakpa aimait parler de sa communauté, de son terroir Ippy et Atongo-Bakari ainsi que de toute la Préfecture de la Ouaka.
En effet, grand rassembleur, il a créé l’Association Témblé, ce qui veut dire étoile polaire. Cette association rassemblait les ressortissants du village Atongo-Bakari. Cette contrée est située à 75 kms au soleil levant de la ville d’Ippy. Témblé sera affilié à l’association estudiantine des ressortissants d’Ippy appelée Anandjô, ce qui veut dire : soyons persévérants ou encore allons jusqu’au but ultime.
El Hadj Abdoul Amine Tchakpa Mbrédé a été co-fondateur de l’ASD-OUAKA dont il a été aussi vice-président jusqu’à sa mort le 17 février 2018.
Vers la fin de sa vie, Tchakpa semblait être tourmenté à l’instar de « BALEPOU », héro de son ouvrage intitulé « Ma Centrafrique, un pays assujetti, un peuple humilié » que vous trouverez dans les librairies de la place.
BALEPOU, pensait-il, devrait être « Le dernier survivant de la caravane », comme l’a explicité son compère, feu Etienne Goyémidé, écrivain, originaire d’Ippy comme lui.
Voilà, en quelques mots, le témoignage que l’association ASD-OUAKA a voulu partager avec vous autour de ce catafalque.
Tchakpa, va ! L’ASD-OUAKA te souhaite bon repos du guerrier et ne t’oubliera jamais.
Je vous remercie!

Acap Rédaction

Source : abangui

abangui

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