Centrafrique : les trompes l’œil d’une économie inexistante

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Si l’investiture de Faustin-Archange Touadéra le 30 mars 2016 a mis un terme à trois ans de transition bancale, sur fond de violence inter-communautaires accrue, de prédation des aides internationales, d’amateurisme politique menant à l’explosion de l’unité géographique d’un pays déjà très fragile, l’Etat peine toujours à exister.
Dans un tel contexte d’apocalypse, le climat des affaires s’en est trouvé détérioré, et la confiance des bailleurs de fonds et des potentiels investisseurs terriblement éprouvé.

Il n’est donc pas surprenant qu’en 2017, le Centrafrique soit devenu officiellement le pays le plus pauvre de la planète, passant de la quatrième place en 2015 à la première, alors qu’il possède toutes les richesses inhérentes nécessaires pour se développer.

Contribuant à cela, une instabilité politique chronique depuis quasiment son indépendance, un niveau élevé du taux de corruption des fonctionnaires (pas payés depuis des années), et des lourdeurs administratives susceptibles de décourager les plus audacieux des investisseurs.

En vérité, les millions de dollars de l’ONU, injectés en Centrafrique via la MINUSCA auront été le cache misère d’une économie centrafricaine ne cessant de dégringoler. Depuis fin 2012, l’Etat n’étant plus que de nom, ne perçoit plus de dividendes des impôts et des taxes. A cela s’ajoute l’inexistence depuis des éons du concept élémentaire de la fiche de paie. La majorité du paiement des salaires – notamment dans le privé – s’effectue en liquide, de main à main, quand ce n’est pas au noir. Ce qui constitue un immense manque à gagner pour pour les caisses de l’Etat. Une infrastructure à la base primitive, ne pouvant nécessairement et obligatoirement ne mener qu’à un état chroniquement failli.

Et enfin, une nette fracture économique du pays, avec la mégalopole de Bangui la capitale d’un côté, et le reste du pays délaissé. Un dangereux déséquilibre expliquant en partie les multiples révoltes émaillant la paix sociale.

L’année 2017, que d’aucun prévoyait être celle de la relève, plus encore que les années passées, aura sonné le glas d’une économie inexistante ou presque, et sacralisé la doctrine de la mendicité financière à tous crins de l’Etat. Une situation rendue obligatoire pour le gouvernement, en absence de toute ressource étatique autonome.

Néanmoins, une telle approche clôt les portes de développement, menant à une économie de survie à base d’expédients.

UN PAYS ASPHYXIÉ
Ainsi, sans le soutien des multiples aides financières et matérielles de la communauté internationale, ce pays – en vérité – une simple PME en faillite – qui ne produit rien, qui ne rentre pas de devises internationales, et donc sans ressources financières, aurait déjà disparu de la carte des nations de cette planète, sans être tenu à bouts de bras.

Plus d’un de s’étonner de lire que ce pays ait pu afficher un taux de croissance de 5,2% en 2016, et selon les prévisions de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), un taux de croissance à 4,8 % pour 2017. La justification de ces chiffres n’est pas à trouver dans d’hypothétiques richesses intérieures, mais dans les fonds injectés par l’ONU, plus de 840 millions de $, dans le cadre de sa mission en RCA, la MINUSCA. Car nulle autre raison ne saurait les expliquer.

Plus de 80% du territoire étant hors contrôle de l’Etat et inaccessible pour ses agents des statistiques économiques, comment donc eut pu t-on collecter les données pouvant alimenter des taux de croissance fiables et crédibles ?

En vérité, ces chiffres ne sont que des projections ne s’appuyant sur aucune réalité de terrain.

La grave crise démarrée fin 2012, outre les violences et les déprédations, aura complètement pis par terre tout le tissu socio-économique. Empêchant de fait, le développement du secteur privé, et sapant les bases d’une possible industrialisation.

Et de cette même crise s’est amplifié les trafics et les fraudes multiples, essentiellement dans l’exploitation des ressources naturelles dont regorge le pays.

Pour la Banque africaine de développement (BAD) : «En plus de la perspective de la disparition de ses entreprises, la République centrafricaine fait face à la désindustrialisation et à une paupérisation de sa population, […] le processus ne peut être inversé qu’avec, notamment, une politique de retour à une sécurité durable et avec la mise en œuvre des réformes adéquates».

DES AIDES MINORÉES
Pour Aboya Manassé Endong, professeur de Sciences politiques à l’Université de Douala au Cameroun : “L’insécurité va de pair avec le quotidien en Centrafrique. Or il s’agit justement, au-delà des investissements, de donner les garanties permettant aux investisseurs d’être sûrs que leurs investissements ne vont pas être perturbés par l’activité des nombreuses milices qui s’affrontent quotidiennement en Centrafrique.”
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Les soutiens financiers internationaux suffisent à peine à maintenir le pays sous apnée. 60% des centrafricains sont en état de misère absolue. Et sans la présence des ONGs que la RCA collectionne, les services minimaux de santé et d’éducation ne seraient pas assurés, et verrait le taux de mortalité grimper à un taux vertigineux. Surtout pour les plus fragiles, les enfants, dénués de tout, même du strict minimum.
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La RCA n’est pas en Europe, où des pays en terrible crise comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne ont pu bénéficier de milliards d’euros des mannes communautaires. En RCA, les aides sont chiches, ne dépassant jamais des a coups de 10 millions de $.

Le FMI en pôle position pour l’assistanat, a imposé à la RCA un programme économique drastique à respecter, sous peine de se voir priver d’aide. Et manifestement, le pays l’a respecté. Ce qui a ouvert certaines facilités élargies de crédit en 2017, même si ce fut loin d’être suffisant pour empêcher la dégringolade de l’économie.

Durant cette année 2017, les FMI a accordé à la RCA une aide de près de 138 milliards de F CFA (210 millions d’euros). Ce qui au niveau d’un pays n’est, tout compte fait, pas grand chose.

Concernant le désormais fameux Plan national de relèvement et de consolidation de la paix en Centrafrique (RCPCA), présenté aux bailleurs de fonds à Bruxelles en 2016, ce fut un flop monumental. Conséquence des nouvelles explosions de violence inouïes dans le pays.

A peine 9% de ce qui fut espéré a été décaissé. Très loin des 2,5 milliards de dollars (1.200 milliards de Francs CFA) de promesses qui faisaient tant la joie du président centrafricain et redonnaient l’espoir au peuple.

Raison à cela, ce RCPCA ne pouvait être crédible du fait des violences récurrentes dans le pays. Conséquemment, les bailleurs de fonds s’en sont détournés.

Les autorités de la transition politique eurent la naïveté de croire que le retour des forces africaines et onusiennes dans le pays serait la panacée pour toutes les difficultés sécuritaires. Loin s’en faut. Les violences perdurent et le pays s’est phagocyté, sans que la MINUSCA ait pu contribué à les stopper. Ce n’est, selon le mode spécial de fonctionnement des casques blues de l’ONU, pas son rôle.

Dès lors, l’héritage pour Touadéra est un cadeau empoisonné. L’Etat centrafricain contraint de faire avec peu, et à uniquement quémander, est dans l’incapacité de faire face à ses obligations régaliennes élémentaires. Salaires, pensions, bourses, dettes du pays sont en délicatesse depuis des années.

CÔTÉ INPUT ?
Toutes les entreprises étatiques sont en faillite chronique, quand elles ne sont pas les victimes de mauvaise gestion et de pratiques de copinage à leurs têtes. Les tensions sociales y sont vives, avec des grèves à répétions.

Dans ce contexte, c’est la France qui pourtant, année après année, ne commerce pratiquement plus avec la RCA, s’en détournant économiquement qui pourtant se taille la part du lion.

Une vingtaine d’entreprises françaises sont dans le pays, œuvrant uniquement dans les secteurs structurants rentable à court terme, comme la logistique, la distribution des produits pétroliers, l’exploitation forestière, les télécommunications, le transport aérien, ainsi que le secteur des PME.

En espérant s’éloigner du carcan des lourdeurs des instances financières internationales, il était possible de s’ouvrir au privé. Ce fut récemment ce que le gouvernement a tenté de faire récemment, avec le “Forum des investisseurs” à Bangui 48h durant.

Faustin Touadéra en l’inaugurant avait donné le ton : « La République centrafricaine que vous visitez aujourd’hui est un Etat de droit qui se reconstruit après quelques années de difficultés, […] on ne saurait parler de la contribution du secteur privé à l’économie sans se préoccuper de l’amélioration du climat des affaires et de la sécurité juridique des investisseurs ».

Mais le climat des affaires en Centrafrique étant très mauvais, voire même le pire du monde, il y eut peu de monde. Ce qui renvoie le pays à ses fondamentaux, que sont l’agriculture et l’industrie extractive.

Cependant, grand défi pour le pouvoir en place, les productions agricoles exportatrices comme le café, le cacao ou le coton rencontrent d’immenses difficultés, et sont en butte à des outils de production vétustes, remontant au moyen âge. Les activités champêtres se font toujours à la houe, comme il y a 1.000 ans.

Constat identique côté sous sol, même lorsque le pays connaissait un semblant de calme.

La réglementation sur l’exploitation des minéraux est floue, et nombre de ses textes datent de plus de 30 ans. Et s’y ajoute les difficultés de l’Etat à contrôler les fraudes, et donc de correctement lever des recettes.

Le secteur tertiaire, toujours embryonnaire étant encore plus dans le flou artistique, pas là non plus que l’Etat y espérerait des recettes à court terme. Des réformes administratives de contrôle y sont nécessaires.

Et que espérer du côté des consommateurs, avec un salaire moyen s’élevant à 41 $ par mois ? Consommateurs eux-mêmes confrontés, et à de fréquentes pénuries des produits de base sur les marchés, et à une inflation galopante.

ON FAIT COMMENT ?
Le front sécuritaire conditionne les espoirs de la relève macroéconomique. Et nous sommes loin du compte, d’autant plus que la communauté internationale s’entête au jeu des improvisations sans plan élaboré, à de petites retouches, du coup par coup, et petitement, pour juste entretenir la misère.

S’il est évident que parer aux urgences est prioritaire, il n’en est pas moins important tout autant de financer les structures de production, afin de contribuer à la rupture de la dépendances des exportations. Avec pour conséquence de prévenir une probable sévère déflation dans le pays.

Cette absence de vision globale est inquiétante.

On colmate des brèches, on bricole, et le tout, sans perspectives. Or, comme dit plus haut, l’inflation, en RCA est galopante, fragilisant encore d’avantage les plus démunis.

Soutien massif à la rénovation et la modernisation des superstructures, pour les outils de production et même, envisager d’en créer d’autres, plutôt que de fantasmer sur des investisseurs étrangers, qui ne seront pas là, tant que la paix ne sera pas revenu dans le pays.

Source : abangui

abangui

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