Centrafrique : Le pays ou l’on mange toujours la même chose

Centrafrique : Le pays ou l’on mange toujours la même chose

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Chers lecteurs, ne vous fiez pas à ce titre allégorique qui pourrait soulever des réactions épidermiques comme nous en avons l’habitude de notre cher pays. En effet à cause de notre façon de percevoir les choses, en dépit de ce que nous avons décidé d’observer l’orientation nouvelle du cap fixé par les nouvelles autorités issues des dernières élections populaires, nous ne pouvions rester muet face à la recrudescence de la violence dans ce pays, cher pour nous.

L’espoir du peuple, né de ces élections, a été si grand que ce qui se remet en route actuellement risque de briser durablement cet espoir, au point de rendre toute confiance impossible, entre les gouvernants et leurs administrés. Le peuple a trop entendu le refrain des condamnations des actes de violence, il en est si repu que la cuisine est devenue indigeste, parce que les résultats attendus de ces condamnations ne se sont jamais exprimés en actes palpables, entraînant de facto un changement dans la répétition des actes délictueux condamnés.

Quand on a vu qu’à l’Assemblée Nationale, une seule voix sur près de deux cents a pu exprimer son désaccord face la déclaration de politique générale du Premier Ministre, en dépit de la trentaine de candidats à l’élection présidentielle et qui avaient des programmes différents et parfois opposés, il y a lieu de s’inquiéter. Tout le monde est rentré dans la majorité présidentielle et s’est aligné comme un seul homme devant un programme où il y avait cependant beaucoup d’interrogations, beaucoup de clarifications à apporter, en dépit d’un discours fleuve où tout semblait avoir pris sa place.

Aujourd’hui, des voix courageuses commencent à murmurer leurs désapprobations, aussitôt combattues assez promptement par ceux qui pensent que rien ne doit être dit pour contrarier la démarche gouvernementale.

La démocratie suppose l’acceptation d’idées contradictoires, quitte à faire ensuite de bons choix. Si nous n’avons pas compris dans ce pays que l’unanimisme national relevait de l’utopie et que cela pouvait constituer un frein terrible au progrès, nous continuerons à tout rater. En Europe et partout ailleurs dans les pays développés, l’union sacrée que certains commencent aujourd’hui à employer comme sortie sur un coup de baguette magique, ne se réalise que dans les moments les plus durs de la vie d’un peuple, à travers des crises épouvantables touchant le peuple dans son ensemble, qui peuvent se traduire, soit par des catastrophes naturelles, soit par la guerre et par d’autres phénomènes épouvantables provoqués par les hommes eux-mêmes.

En Centrafrique, la politique consiste à prendre les mêmes recettes, pour faire la même cuisine. Le pays a plein d’œufs et les hommes politiques ne savent que cuire des œufs sur le plat. Ils ne savent pas ce qu’est une omelette car, ayant peur de casser les œufs, ils risquent de tout perdre.

Et ce n’est pas pour rien qu’ainsi, ils vont jusqu’à ne prendre que les mêmes, pour produire la même cuisine.

Nous ne sommes pas contre notre manioc national et notre yabanda qui n’a pas son pareil en Afrique et qui fait partie de notre identité et de notre fierté. Mais quand allons-nous faire preuve de créativité et d’innovation ?

Les solutions à nos problèmes ne viendront que de nous, pas des autres. Ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays mérite amplement d’être rangé dans le casier de l’armoire de l’union sacrée car nous ne pouvons pas continuer de voir nos frères et nos sœurs tomber sous les coups de sauvages manipulateurs, qui continuent à tirer les marrons du feu alors que nos populations n’ont que leurs yeux pour remplir leurs seaux de « do mo yon », de larmes de misère et de douleur.

S’il est vrai qu’un seul homme, en l’occurrence le Président de la République ne peut à lui seul porter la charge de la réalisation de cette union sacrée galvaudée comme on peut le constater, il n’en demeure pas moins vrai que c’est à lui qu’incombe la charge de fixer le cap, de donner des indications claires et des exigences bien affirmées, avec un gouvernement et une Assemblée nationale capables de mettre en musique l’ensemble de ces mesures cohérentes et compréhensibles du commun des mortels centrafricains.

Nous espérons toujours que Dieu a un regard sur ce pays, mais sachons que nous-mêmes devons faire ce que nous lui demandons, car il ne viendra jamais le faire à notre place.

Nous pouvons nous tromper car nous ne sommes ni Pasteur, ni Évêque, ni Imam.

Adolphe PAKOUA

abangui

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